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Parapluie bleu ouvert sous un ciel clair posé sur un sol sec et fissuré aux teintes chaudes
Ce qui semble protégé peut reposer sur un terrain moins stable qu’il n’y paraît.

Le rendement sans risque est une convention théorique, pas une garantie absolue. Risque d’inflation, souverain, liquidité : ce qu’il faut comprendre.

Le « rendement sans risque » est l’un des concepts les plus utilisés en finance — et l’un des plus trompeurs. Il désigne en théorie le taux qu’un investisseur peut obtenir sans s’exposer à aucun aléa, typiquement via les obligations souveraines de court terme. Mais cette convention repose sur des hypothèses fragiles : elle ignore le risque d’inflation, le risque souverain résiduel et les conditions de liquidité. Considérer un rendement comme « garanti », c’est souvent oublier que la garantie elle-même porte un coût.

Pourquoi l’équilibre actuel n’est pas aussi stable qu’il y paraît : après une décennie de taux quasi nuls, la remontée des taux directeurs a temporairement redonné un rendement nominal visible aux actifs « sans risque ». Cette visibilité crée l’illusion que le « sans risque » est redevenu attractif — alors que les risques qu’il masque n’ont pas disparu.

Une convention théorique, pas une réalité de marché

En finance académique, le taux sans risque sert de point de référence : c’est le plancher à partir duquel se calcule la prime de risque de tout actif. Il est généralement assimilé au rendement des obligations souveraines de court terme — les bons du Trésor américain (T-bills) ou les Bunds allemands à trois mois. L’hypothèse implicite : ces émetteurs ne feront jamais défaut.

Cette hypothèse est contestable. D’après les données de la BRI (rapport trimestriel, décembre 2025), la dette publique des économies avancées du G7 dépassait en moyenne 120 % du PIB fin 2025. Si la probabilité de défaut souverain reste faible pour les émetteurs les mieux notés, elle n’est pas nulle — et surtout, le risque ne se réduit pas au défaut. Le risque de restructuration, de répression financière ou de monétisation de la dette est bien réel, même pour des émetteurs AAA.

Trois risques que le « sans risque » ignore

Le premier est le risque d’inflation. Un bon du Trésor qui rapporte 3 % en nominal dans un environnement d’inflation à 2,5 % ne produit que 0,5 % de rendement réel. D’après les données d’Eurostat (quatrième trimestre 2025), l’inflation sous-jacente en zone euro s’établissait à environ 2,4 %. Un investisseur en Bunds courts percevait un rendement nominal d’environ 2,1 % — soit un rendement réel négatif. Le « sans risque » garantit le nominal, pas le pouvoir d’achat.

Le deuxième est le risque souverain résiduel. La crise grecque de 2012 a montré qu’un défaut partiel sur de la dette souveraine en zone euro était possible. Le spread entre les obligations italiennes et allemandes à dix ans oscillait autour d’environ 120 points de base début 2026, selon les données de marché — un niveau qui intègre un risque de crédit, même modeste. Le « sans risque » n’est sans risque que pour l’émetteur le mieux noté, pas pour tous les souverains.

Le troisième est le risque de liquidité. En période de stress de marché, même les obligations souveraines peuvent devenir temporairement illiquides — comme l’a montré l’épisode des gilts britanniques en septembre 2022. La notion de « sans risque » suppose une liquidité permanente qui n’est pas toujours assurée. Comprendre ces limites ramène à les trois fonctions du capital : la sécurité absolue est une convention comptable, pas une propriété intrinsèque des actifs.

Le consensus de marché traite le taux sans risque comme un acquis technique — un input de modèle, pas un objet de questionnement. Cette approche est opérationnelle dans un cadre de gestion, mais elle peut devenir trompeuse pour un épargnant qui interprète « sans risque » au sens littéral. La distinction entre convention professionnelle et réalité patrimoniale est rarement explicitée.

Erreur fréquente

Assimiler « rendement sans risque » à « rendement garanti sans perte possible ». Le taux sans risque est une convention de modèle qui ne protège ni contre l’inflation, ni contre le risque souverain résiduel, ni contre les épisodes d’illiquidité. Le nominal est garanti ; le réel ne l’est pas.

Ce qui invaliderait cette lecture critique serait un retour durable à une inflation proche de zéro combinée à un désendettement souverain massif — un scénario qui restaurerait la pertinence du « sans risque » comme approximation fiable. Ni les projections du FMI (octobre 2025) ni celles de l’OCDE ne retiennent ce scénario à horizon cinq ans.

Le rendement sans risque existe comme convention de calcul, pas comme réalité patrimoniale. Plusieurs trajectoires de taux et d’inflation restent ouvertes, mais aucune ne supprime les risques que cette convention masque. La question pertinente n’est pas « quel est le taux sans risque », mais « quels risques accepte-t-on implicitement en le considérant comme sûr » — un cadrage qui s’applique à comprendre ses choix financiers.

Ce que le marché ne tranche pas encore
  • Le « rendement sans risque » est une convention de modèle, pas une propriété intrinsèque des actifs — il garantit le nominal, pas le pouvoir d’achat.
  • Trois risques sont systématiquement occultés : l’inflation, le risque souverain résiduel et le risque de liquidité en période de stress.
  • La remontée des taux nominaux a redonné une visibilité au « sans risque », mais n’a pas supprimé les risques réels qu’il masque.

Mis à jour : 27 février 2026

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