Comment les guerres affectent-elles historiquement les marchés financiers ?

Les guerres provoquent des chutes brutales de court terme suivies de reprises qui surprennent souvent les observateurs, avec sept conflits américains majeurs sur huit depuis 1914 délivrant des rendements positifs sur la durée totale du conflit. Le mécanisme combine expansion budgétaire, commandes de défense et réallocation des marges d’entreprises vers la production militaire. Le fait contre-intuitif documenté par les recherches NBER est que la volatilité actions est en réalité plus basse en temps de guerre qu’en temps de paix.

Réponse synthétique

L’intuition selon laquelle guerre = chute des marchés est partiellement fausse. Les chocs initiaux sont typiquement violents et désordonnés, mais le record historique montre que les marchés se redressent souvent plus vite que les manchettes ne le suggèrent, et surperforment parfois la baseline de paix une fois le conflit installé.

La raison tient au fait que les guerres déclenchent typiquement une expansion budgétaire massive, des commandes de défense, et une réallocation du capital vers les secteurs bénéficiaires — même si d’autres secteurs souffrent. L’indice agrégé masque une dispersion sectorielle énorme.

Ce qui complique l’analyse : le vrai moteur n’est pas la guerre elle-même mais la réponse des décideurs — financement monétaire, contrôle des prix, contrôle des capitaux ou aucune de ces options produisent des régimes de marché très différents.

Découvrir le cadre : Régimes macro-financiers

Ce que disent les données

Les données historiques de long terme sur les actions américaines lors des conflits majeurs (Goetzmann, Jorion, NBER Working Paper 29837) montrent un pattern récurrent : choc initial brutal, puis récupération complète.

Le contexte chiffré (NYSE/Dow Jones/S&P archives historiques, NBER WP 29837) :

  • Première Guerre mondiale : NYSE fermé 4+ mois en 1914, Dow -34 % du pic d’avant-guerre à la réouverture
  • Première Guerre mondiale : Dow +88 % sur l’année 1915 — le plus haut rendement annuel jamais enregistré du DJIA
  • WW1 durée totale : Dow +43 % du début de guerre à l’Armistice (nov. 1918)
  • WW2 : Dow +10 % le jour de bourse suivant l’invasion de la Pologne par Hitler (sept. 1939)
  • SPADE Defense Index 2022 : +8,6 % vs S&P 500 -19 % — 28 points d’écart de performance

L’exception qui nuance : la Première Guerre mondiale a été le seul conflit majeur impliquant les États-Unis à délivrer un rendement réel négatif net, largement à cause de la coïncidence avec la grippe espagnole et des contrôles de prix sans précédent. Donc 7 sur 8 — pas 8 sur 8.

Dataset : Rendements historiques S&P 500

Pourquoi cela se produit — le mécanisme macro

Plusieurs canaux se combinent pour expliquer pourquoi les marchés actions ont historiquement absorbé les chocs de guerre mieux que ne le suggéreraient les récits guerriers.

Canal 1 : l’expansion budgétaire comme catalyseur de bénéfices. Les guerres déclenchent typiquement une dépense de défense financée par déficit. WW2 a porté la dépense fédérale américaine de 9 % à plus de 40 % du PIB au pic. Cette dépense alimente directement les revenus des entreprises — défense, industrie, matières premières, énergie. Le multiplicateur budgétaire joue à l’inverse des dynamiques de récession.

Canal 2 : volatilité plus basse malgré l’incertitude plus haute. Le « war puzzle » du NBER — Cortes, Vossmeyer, Weidenmier (2022) — documente que la volatilité actions baisse pendant les conflits américains majeurs. Une fois les contrats de défense attribués et l’État devenu acheteur dominant, les bénéfices deviennent inhabituellement prévisibles par rapport à la cyclicité de paix. Cela contredit l’a priori intuitif guerre = incertitude = volatilité.

La taille de l’engagement budgétaire compte plus que la guerre elle-même, ce qui explique pourquoi certaines « guerres » laissent les marchés indifférents tandis que d’autres reconfigurent les régimes.

Canal 3 : la dispersion sectorielle masque l’indice. Les rendements agrégés cachent une réallocation massive intra-marché. Défense, énergie, matériaux de base flambent ; consommation discrétionnaire, voyages, financières peuvent souffrir. La rotation sectorielle compte plus que la direction du marché pendant les conflits.

Synthèse par régime. Lors des guerres où les États-Unis restent neutres mais approvisionnent les belligérants (1914-1917, début WW2), les actions américaines bondissent à mesure que les exportations reconstruisent la capacité industrielle. Lors des guerres où les États-Unis sont pleinement belligérants et imposent des contrôles de guerre (1942-1945, Corée), les actions performent décemment en nominal mais le rendement réel dépend du régime d’inflation. Dans les conflits par procuration ou limités (Vietnam, Guerre du Golfe, post-2022 Ukraine), l’impact passe surtout par les matières premières et les commandes de défense — les indices larges réagissent à peine après le choc initial.

Les marchés ne pricent pas la guerre ; ils pricent la réponse budgétaire et monétaire à la guerre — souvent plus haussière que le conflit n’est baissier.

Cadre : Géopolitique structurelle et marchés

Ce que cela signifie selon les acteurs économiques

Épargnants exposés à des indices actions larges ont historiquement mieux fait en gardant à travers les chocs de guerre qu’en sortant — mais l’expérience varie massivement selon les conflits. WW1 a détruit l’épargne réelle via l’inflation ; WW2 seulement partiellement.

Investisseurs qui traitent les guerres comme des événements binaires risk-on/risk-off ratent typiquement la dispersion sectorielle qui définit les rendements réels. Défense, matériaux de base et énergie mènent historiquement ; actifs longue duration et consommation discrétionnaire suivent en retard.

Fonds de pension et allocataires de long terme font face à une question différente : non pas comment trader la guerre, mais comment se positionner pour le régime post-guerre — typiquement marqué par dette élevée, inflation supérieure et changements de politique structurels.

Une erreur fréquente est d’assimiler risque géopolitique et risque de marché. Les données documentent que les événements géopolitiques coïncident souvent avec les drawdowns mais en sont rarement la cause ; le régime macro sous-jacent fait l’essentiel du travail.

Observation pratique

Ce que les données suggèrent pour comprendre votre situation :

  • Question à se poser : Qu’observerais-je dans mon portefeuille si un conflit majeur générait 18 mois à 130 $ le baril et 6 % d’inflation, comme en 2022 ?
  • Donnée à surveiller : Budgets de défense et dépenses militaires globales SIPRI — ils précèdent les bénéfices du secteur défense de 6-12 mois
  • Parallèle historique : La guerre de Corée (1950-1953) — Dow -12 % en deux mois au déclenchement, puis +35 % sur les deux années suivantes à mesure que les commandes de défense montaient en charge
  • Ce que documente la littérature : Cortes, Vossmeyer & Weidenmier (NBER WP 29837, 2022) sur le « war puzzle » de la volatilité plus basse en guerre

Ces informations sont descriptives et destinées à éclairer votre propre analyse. Eco3min ne fournit pas de conseil en investissement.

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Questions fréquentes

Combien de temps les marchés mettent-ils typiquement à se redresser après un choc de guerre ?

Les délais varient largement. La guerre de Corée (1950) a vu une récupération en 2 mois. WW1 a pris 13 mois du plus bas post-réouverture NYSE à la pleine récupération. Le choc Russie-Ukraine de 2022 sur les actions globales a été réabsorbé en environ 6 mois pour le S&P 500, mais plus longtemps pour les indices européens du fait de l’exposition énergétique. Le pattern dépend bien plus de la réponse politique que du conflit lui-même.

Pourquoi la volatilité est-elle plus basse en temps de guerre qu’en temps de paix ?

C’est le « war puzzle » documenté par le NBER Working Paper 29837 (2022). Une fois qu’une économie de guerre se stabilise, l’État devient un acheteur majeur prévisible via les contrats de défense, les multiplicateurs budgétaires soutiennent la demande, et la dispersion des bénéfices se resserre. Contre-intuitivement, la prime d’incertitude exigée par les investisseurs pour des cycles de paix inconnus est souvent plus élevée que celle demandée pendant une guerre aux engagements budgétaires clairs.

Les actions de défense bénéficient-elles toujours des conflits ?

Les données montrent des résultats mitigés. Le SPADE Defense Index a gagné 8,6 % en 2022 contre -19 % pour le S&P 500, soit 28 points d’écart. Mais le conflit Israël-Hamas démarré en octobre 2023 n’a eu que des effets locaux sur les défense israéliennes, avec peu de spillover. Le pattern documenté est que les conflits prolongés et larges, avec engagement de procurement durable, profitent aux noms défense ; les conflits courts ou sans grandes décisions de paquets d’armement, non.

Mis à jour le 29 mai 2026

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