L’argent dans l’électronique et les véhicules électriques : le premier débouché industriel

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Eco3min — L’argent dans l’électronique et les véhicules électriques : le premier débouché industriel

L’électrique et l’électronique forment le premier débouché industriel de l’argent, devant le solaire : 465,6 millions d’onces en 2024. La voiture électrique, qui en contient deux fois plus qu’un modèle thermique, en devient le moteur le plus dynamique.

TL;DR

La demande d'argent des véhicules à moteur dépasse 60 millions d'onces par an et pourrait approcher 94 millions vers 2031, l'électrique devançant le thermique dès 2027 à mesure que sa teneur, double, s'impose.

  • L'électrique-électronique est le premier débouché industriel du métal, à 465,6 millions d'onces en 2024 (+4 %), loin devant les quelque 198 millions du photovoltaïque (Silver Institute).
  • Une voiture électrique à batterie embarque environ 25 à 50 grammes d'argent, soit 67 à 79 % de plus qu'un thermique (15 à 28 g), selon Oxford Economics et le Silver Institute.
  • La part des véhicules électriques dans la production automobile mondiale est passée d'environ 3 % en 2019 à près de 21 % en 2024, et le parc mondial de bornes publiques a progressé d'un tiers sur la seule année 2024.
  • Le segment des véhicules électriques ne consomme pourtant qu'environ 12 à 15 millions d'onces, à peine plus de 1 % de la demande totale : c'est sa croissance, et non son niveau, qui en fait un sujet.

Derrière le photovoltaïque, c’est une demande électronique massive et diffuse qui ancre l’argent dans l’économie réelle — avec ses propres ressorts et ses propres limites.

1. L’argent, métal omniprésent de l’électronique

Si le solaire concentre l’attention, ce n’est pourtant pas le premier usage industriel de l’argent. Selon le Silver Institute, la demande électrique et électronique a atteint un record de 465,6 millions d’onces en 2024, en hausse de 4 %, soit nettement plus que les quelque 198 millions absorbées par le photovoltaïque. C’est la première catégorie industrielle du métal, et la plus diffuse : l’argent est présent dans pratiquement tout appareil électronique, de l’interrupteur domestique au superordinateur. La raison tient à ses propriétés physiques — il est le meilleur conducteur électrique et thermique connu, et un excellent réflecteur — auxquelles s’ajoutent des qualités antimicrobiennes utiles dans le médical. Cette domination relativise la ventilation de la demande d’argent : le solaire est le segment le plus médiatisé, mais l’électronique reste le socle.

Les usages sont innombrables et souvent invisibles. L’argent forme les contacts électriques, les relais, les fusibles et les commutateurs à membrane que l’on trouve dans les claviers, les téléviseurs ou les fours à micro-ondes, réputés pour endurer des millions de cycles d’ouverture et de fermeture. Des encres conductrices à base d’argent dessinent les pistes des circuits imprimés ; le métal entre dans les condensateurs céramiques multicouches et dans une multitude de connecteurs. Le déploiement de la 5G amplifie cette demande, car les réseaux à haut débit et faible latence s’appuient sur la conductivité de l’argent pour gérer des volumes de données croissants. Plus récemment, l’essor des centres de données et du matériel d’intelligence artificielle ajoute une source de demande, encore difficile à chiffrer mais structurellement orientée à la hausse.

Au-delà de l’électronique grand public, l’argent irrigue des usages industriels plus spécialisés : alliages de brasure et soudures, capteurs en tout genre, et toute une gamme d’applications médicales où ses propriétés antimicrobiennes sont mises à profit — pansements, cathéters, instruments chirurgicaux. Cette diversité fait de la demande électrique et électronique une mosaïque difficile à substituer en bloc : remplacer l’argent dans un interrupteur est une chose, le remplacer simultanément dans des milliers d’applications aux exigences différentes en est une autre. C’est cette dispersion même qui confère à la demande industrielle sa résilience : aucun substitut unique ne peut la déloger d’un coup.

Cette demande partage avec le solaire une caractéristique décisive : l’argent y est dissipé en très petites quantités par appareil, mais sur des volumes de production colossaux. Quelques milligrammes dans un téléphone, quelques grammes dans une carte de commande : pris isolément, c’est négligeable ; multiplié par des milliards d’unités, cela pèse lourd. Et comme pour le solaire, ce métal est rarement récupéré avant la fin de vie de l’appareil, même si le recyclage de l’argent électronique progresse à mesure que le prix grimpe. C’est aussi pourquoi l’électronique ravive l’opposition entre argent et cuivre, conducteurs rivaux : le cuivre, bien moins cher, est le candidat naturel au remplacement partout où la performance le permet.

2. Le véhicule électrique, nouveau moteur automobile

L’automobile illustre de façon spectaculaire la montée en puissance de l’argent électronique. Un véhicule thermique en contient déjà une quantité non négligeable — de l’ordre de 15 à 28 grammes selon les estimations d’Oxford Economics et du Silver Institute —, principalement dans les contacts, relais et commutateurs. Mais un véhicule électrique à batterie en demande bien davantage : environ 25 à 50 grammes, soit de 67 à 79 % de plus, en raison de systèmes haute tension, de l’électronique de puissance, des onduleurs et de la gestion de la charge. Un hybride se situe entre les deux, autour de 18 à 34 grammes. Cette intensité accrue, conjuguée à l’électrification du parc, transforme la demande automobile en relais de croissance pour le métal, et alimente la mécanique reliant demande industrielle, prix et la valorisation de l’argent par le ratio.

Les ordres de grandeur du basculement sont éloquents. Le Silver Institute estime que plus de 60 millions d’onces d’argent sont aujourd’hui consommées chaque année dans les véhicules à moteur, toutes motorisations confondues. En 2024, les véhicules thermiques représentaient encore 55 % de cette demande automobile et les électriques 30 % ; mais, plus gourmands et en croissance rapide, ces derniers devraient dépasser les thermiques dès 2027 et atteindre 59 % du total vers 2031, portant la demande automobile vers 94 millions d’onces à cet horizon. Cette dynamique ne se limite pas aux véhicules eux-mêmes : l’expansion des infrastructures de recharge, dont les bornes utilisent des contacts et des câbles argentés, ajoute une demande parallèle — le parc mondial de points de charge publics a progressé d’un tiers en 2024. L’électrification des transports mobilise ainsi l’argent à plusieurs niveaux, ce qui range l’argent parmi les minéraux critiques de la transition énergétique.

La trajectoire de fond explique cet engouement. La part des véhicules électriques dans la production automobile mondiale est passée d’environ 3 % en 2019 à près de 21 % en 2024, et les livraisons annuelles, de l’ordre de 17 à 18 millions d’unités, pourraient atteindre plusieurs dizaines de millions d’ici 2030 selon les prévisions sectorielles. Or chaque point de pénétration supplémentaire augmente mécaniquement la teneur moyenne en argent du parc neuf, puisque l’on substitue des véhicules à 25-50 grammes à des véhicules à 15-28 grammes. À cela s’ajoute le déploiement des bornes de recharge, dont certaines estimations chiffrent les besoins futurs en dizaines de millions d’unités pour les seuls États-Unis à l’horizon 2030.

Il faut toutefois mesurer la part réelle de ce moteur. Le segment des véhicules électriques proprement dits ne consomme aujourd’hui qu’environ 12 à 15 millions d’onces par an, soit à peine plus de 1 % de la demande totale d’argent. Sa force réside dans la trajectoire, non dans le niveau actuel : c’est sa croissance, et non sa masse, qui en fait un sujet. Pris isolément, il ne peut pas faire bouger un marché de plus d’un milliard d’onces ; c’est l’addition de l’électronique, du solaire et de l’automobile qui crée la pression, comme le rappelle le photovoltaïque, autre grand débouché du métal.

3. Un moteur structurel, mais à relativiser

La demande électronique d’argent présente la même ambivalence que le solaire. D’un côté, elle est structurellement orientée à la hausse, portée par l’électrification, la numérisation et la connectivité. De l’autre, elle est soumise à une pression constante d’optimisation : les fabricants cherchent en permanence à réduire la quantité d’argent par composant, par souci de coût, et à lui substituer du cuivre ou d’autres matériaux lorsque la performance le permet. Le résultat net dépend de la course entre la croissance des volumes et la baisse de la teneur par appareil — exactement comme dans le photovoltaïque. Rien n’assure que la demande électronique d’argent croisse aussi vite que le nombre d’appareils produits.

Cette demande se heurte par ailleurs au même mur d’offre que les autres usages. Quand l’électronique et l’automobile accélèrent, le métal ne peut affluer rapidement, car l’essentiel de l’argent sort du sol comme sous-produit d’autres mines. C’est la rigidité de l’offre minière qui transforme une demande industrielle dynamique en tension de marché : le déficit physique observé depuis plusieurs années en est la trace directe. La demande électronique n’est donc pas un simple débouché supplémentaire ; elle est l’une des forces qui, en s’ajoutant aux autres, place durablement l’argent du côté de la rareté plutôt que de l’abondance.

Un facteur tempère néanmoins cette tension. La hausse du prix rend le recyclage de l’argent électronique plus rentable, et la récupération du métal contenu dans les déchets d’équipements progresse, fournissant un appoint d’offre secondaire. Par ailleurs, l’argent ne représente qu’une fraction minime du coût d’un appareil ou d’un véhicule, ce qui permet aux fabricants d’absorber une hausse de prix sans rogner immédiatement leurs marges ni renoncer au métal. Cette faible sensibilité de la demande au prix, à court terme, est aussi ce qui soutient la consommation industrielle même lorsque l’argent renchérit.

Au fond, l’électronique et le véhicule électrique consacrent une mutation profonde de l’argent : d’un métal longtemps perçu à travers ses usages monétaires et ornementaux, il devient avant tout un intrant technologique. Cette bascule, encore mal intégrée par une partie du marché, déplace le centre de gravité du prix vers l’économie réelle et l’industrie — un mouvement qui s’inscrit dans les grands équilibres de la géoéconomie des matières premières, où la demande de métaux suit désormais la transition énergétique et numérique.

Erreur fréquente

On entend souvent que la voiture électrique va, à elle seule, faire flamber le prix de l’argent. C’est confondre croissance et niveau : le segment des véhicules électriques ne pèse qu’environ 1 % de la demande totale. La vraie masse industrielle est l’électronique au sens large ; c’est l’addition de tous ces usages, pas un seul, qui tend le marché.

Mis à jour le 27 juin 2026

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