Tous les cycles haussiers et baissiers du dollar depuis 1973
Depuis que le dollar flotte, en 1973, sa valeur pondérée des échanges évolue par longs cycles plutôt qu’en ligne droite. Chaque annonce récurrente d’un déclin structurel du billet vert a jusqu’ici rencontré le même contre-mouvement : un creux cyclique, puis un retournement.
Cette étude date chaque phase haussière et baissière complète de l’indice dollar de la Réserve fédérale depuis le flottement, en mesure la durée et l’ampleur, et situe la faiblesse de 2025-2026 dans ce demi-siècle de données.
Les deux replis pluriannuels du dollar depuis 1973, de −44 % et −38 %, se sont chacun intégralement retournés en marché haussier ; le mouvement de 2025-2026 représente environ un quart de la baisse moyenne.
- Cinq cycles de tendance complets depuis le flottement de 1973 (trois hausses, deux baisses), selon une règle de 20 % minimum pic à creux sur l’indice pondéré de la Réserve fédérale ; le décompte est identique au seuil de 25 %.
- Les phases haussières ont duré environ huit ans pour +48 % en moyenne ; les baissières environ dix ans pour −41 %. L’échantillon est réduit : trois hausses, deux baisses.
- Depuis son pic d’octobre 2022, le dollar recule de 8,6 %, et de 10,6 % à son point bas de février 2026, en deçà des 20 % qui ont défini chaque baisse antérieure (Réserve fédérale via FRED, données à juin 2026).
Le procès du dollar est de nouveau plaidé. Le billet vert s’est affaibli en 2025, les banques centrales ont poursuivi la diversification de leurs réserves, et les thèmes familiers (sanctions, déficits, système commercial multipolaire) sont revenus à la une. Or l’expression « le dollar décline » mêle deux mesures distinctes : son prix, c’est-à-dire sa valeur de change face aux autres devises, et sa part dans les réserves officielles mondiales. Les deux évoluent à des rythmes différents.
Cette étude porte sur la première. Sur l’indice pondéré des échanges de la Réserve fédérale, le dollar n’a jamais reculé durablement dans une seule direction. Il a alterné des phases haussières et baissières pluriannuelles d’ampleur comparable, et chacun de ses deux replis prolongés s’est jusqu’ici achevé sur un nouveau marché haussier. Le tableau ci-dessous date chaque cycle complet depuis 1973.
| Phase | Période | Durée | Amplitude (pic à creux) | Conditions au retournement |
|---|---|---|---|---|
| Hausse | oct. 1978 – mars 1985 | 77 mois (~6 ans) | +56 % | Désinflation Volcker : écart de taux réels élargi ; déficits budgétaires |
| Baisse | mars 1985 – avr. 1995 | 121 mois (~10 ans) | −44 % | Resserrement de l’écart de taux ; l’accord du Plaza (sept. 1985) suit le pic et accélère la baisse |
| Hausse | avr. 1995 – févr. 2002 | 82 mois (~7 ans) | +40 % | Politique du « dollar fort » ; boom de productivité et entrées de capitaux |
| Baisse | févr. 2002 – août 2011 | 114 mois (~10 ans) | −38 % | Assouplissement de la Fed et déficits jumeaux ; le pic de 2008 est un contre-mouvement interne à la baisse |
| Hausse | août 2011 – oct. 2022 | 134 mois (~11 ans) | +49 % | Resserrement de la Fed face à l’assouplissement BCE/BoJ : écart de taux élargi |
| Actuel | oct. 2022 – juin 2026 | 44 mois à ce jour | −8,6 % (−10,6 % bas) | Sous le seuil de 20 % ; pas encore un cycle baissier confirmé |
Phases mesurées sur les moyennes mensuelles de l’indice pondéré des échanges de la Réserve fédérale ; amplitudes pic à creux. Les cycles jusqu’en 2011 utilisent la série Major Currencies ; le cycle 2011-2022 et le mouvement actuel utilisent la série Advanced Foreign Economies, raccordées au creux commun de 2011 (voir Méthodologie).
Le procès récurrent du déclin structurel
La version la plus solide de l’argument de dédollarisation ne repose pas sur le taux de change, mais sur les réserves. La part du dollar dans les réserves de change mondiales allouées est passée d’environ 71 % début 1999 à 56,9 % au troisième trimestre 2025, selon la base COFER du FMI (composition des réserves officielles de change). Sur la même période, l’euro s’est stabilisé autour de 20 %, la catégorie « autres devises » (dollars canadien et australien, renminbi, won coréen) a quasiment doublé sa part, et les banques centrales, surtout dans les économies émergentes, ont accumulé de l’or.
Cette tendance est réelle et pluridécennale, et elle a sa logique institutionnelle : les gestionnaires de réserves diversifient contre le risque de concentration, et l’usage des sanctions financières a donné à certains détenteurs une raison de réduire leurs créances en dollars. Lorsque le change s’est affaibli en 2025, les deux récits ont fusionné dans le commentaire en une seule histoire de domination déclinante. La question que cette étude peut trancher est plus étroite et vérifiable : du côté du prix, un repli pluriannuel du dollar est-il inhabituel, et comment a-t-il eu tendance à s’achever ?

Ce que montre un demi-siècle d’indice de prix
Depuis le flottement, le dollar a accompli cinq cycles de tendance complets : trois phases haussières et deux baissières. Leur ampleur est proche de la symétrie. Les trois marchés haussiers ont duré environ huit ans pour +48 % en moyenne ; les deux baissiers environ dix ans pour −41 %. La phase la plus longue est la hausse de 2011-2022, à 134 mois ; la plus profonde, la baisse post-Plaza de 1985-1995, qui a effacé 44 % de l’indice.
Le motif qui compte pour le débat sur la dédollarisation, c’est la fin de partie. Les deux replis prolongés se sont retournés. La baisse de −44 % de 1985-1995 a cédé la place à la hausse de +40 % de 1995-2002 ; la baisse de −38 % de 2002-2011, à la hausse de +49 % qui a suivi. Sur cet indice, en cinquante ans, le dollar n’est pas entré dans un glissement séculaire à sens unique. Il a cyclé.
Les retournements partagent une petite famille de conditions plutôt qu’une cause unique. La plupart ont coïncidé avec un changement d’écart de taux réels : la prime de taux de l’ère Volcker a porté la hausse du début des années 1980, et l’écart entre le resserrement de la Fed et l’assouplissement de la BCE et de la Banque du Japon a porté le segment 2014-2015 du dernier cycle. Un retournement fut un acte de politique coordonnée, l’accord du Plaza de septembre 1985, intervenu après que le dollar eut déjà culminé début 1985 et ayant accéléré une baisse déjà engagée. Un autre fut une crise : la fuite vers la qualité de 2008 a produit un pic brutal du dollar qui, au seuil de 20 %, s’enregistre comme un contre-mouvement à l’intérieur de la baisse de 2002-2011 plutôt que comme une nouvelle hausse. Ce avec quoi aucun retournement n’a coïncidé, c’est un changement du statut de réserve du dollar. La base de données consigne les dates ; l’association est laissée à l’appréciation du lecteur. Sujet voisin : la chronologie des baisses face aux records boursiers.
Chaque repli pluriannuel du dollar depuis 1973 s’est retourné : un constat sur le change, pas sur le statut de réserve.
Les nuances nécessaires
Un historique de retournements n’est pas une prévision, et trois réserves l’empêchent d’en devenir une. La première est celle que le tableau ne peut montrer : le prix et la part de réserve sont deux séries différentes. L’indice de change mesure ce que vaut le dollar ; la part COFER mesure quelle fraction des réserves mondiales est libellée en dollars. Un prix qui cycle est parfaitement compatible avec une part de réserve qui s’érode sur des décennies, et c’est précisément ce que fait cette dernière.
Même cette érosion est plus bruitée que ne le suggère le chiffre de tête. Le FMI a noté en octobre 2025 que les mouvements de change (les devises hors dollar s’appréciant en termes de dollars, et non des banques centrales vendant des dollars) expliquaient environ 92 % du recul de la part au deuxième trimestre 2025. Des travaux publiés par le CEPR en mai 2026 ajoutent que le chiffre COFER de tête, dominé par une poignée de gros détenteurs et par des effets de valorisation, peut exagérer tout changement dans la perception réelle du dollar. Le dollar représente encore environ 57 % des réserves allouées, contre environ 20 % pour l’euro, et la Banque des règlements internationaux le retrouve sur un côté de près de 89 % des transactions de change mondiales. Sur ces mesures, sa centralité reste intacte. À voir également : Notre étude sur le rôle du dollar comme pivot du système monétaire mondial.
La deuxième réserve tient à la taille de l’échantillon. Cinq cycles en cinquante ans, c’est un historique mince, et deux d’entre eux sont des marchés baissiers ; une « baisse moyenne de −41 % » repose sur deux observations et relève de la description, non de l’attente. La troisième est en partie définitionnelle : un creux ne compte comme fin de baisse qu’une fois confirmé par une remontée, de sorte que « chaque repli s’est retourné » est intégré à la méthode. Ce qui n’est pas circulaire, c’est l’ampleur de ces retournements (des reprises complètes en marchés haussiers de +40 % et +49 %) et le simple fait que l’indice de prix n’a jamais évolué dans un seul sens sur le demi-siècle.
Deux lectures en découlent, et la donnée ne les départage pas à égalité. Les uns voient dans le mouvement de 2025-2026 le premier signe d’une érosion structurelle du rôle de réserve du dollar ; les autres, une faiblesse cyclique dans la lignée de 1985 ou 2002. Sur la série de prix, l’indice penche du côté cyclique, car chaque repli pluriannuel s’est retourné. Sur la série de part de réserve, il existe une dérive séculaire lente que cet indice de prix ne capte pas. Les deux camps débattent en partie de deux mesures différentes.
Où se situe le mouvement actuel
Rapportée à cet historique, la faiblesse de 2025-2026 est, à ce stade, modérée. Depuis son pic d’octobre 2022, l’indice des économies avancées de la Réserve fédérale recule de 8,6 %, et reculait de 10,6 % à son point bas de février 2026, soit environ un quart de la baisse moyenne historique et moins longtemps que chacune des deux. L’indice large, qui inclut la Chine et d’autres émergents, a culminé plus tard, en janvier 2025, et recule d’un montant à un chiffre comparable. L’indice ICE Dollar, plus pondéré en euro (l’euro y pèse à lui seul environ 58 % du panier), a davantage baissé, près de 10 % sous son sommet de janvier 2025, ce qui reflète sa composition plus étroite et non un signal sous-jacent différent.
Selon la règle même de cette étude, aucun de ces mouvements ne se qualifie encore comme nouveau cycle baissier. Que la baisse de 2025-2026 soit le premier segment descendant d’un autre cycle pluriannuel, comme 1985 ou 2002, ou le début d’un changement structurel du rôle mondial du dollar, un indice de prix ne peut le trancher : les deux questions suivent des séries différentes. Un recul au-delà de 20 % serait le marqueur historique indiquant que ce mouvement a rejoint le premier groupe ; il ne l’a pas atteint.
Méthodologie
Un cycle de tendance est défini comme un mouvement directionnel d’au moins 20 % depuis un pic ou un creux majeur, mesuré sur les moyennes mensuelles de l’indice dollar pondéré des échanges de la Réserve fédérale, les contre-mouvements inférieurs à 20 % ne rompant pas la tendance en cours (règle de retournement à seuil unique). Notre décryptage sur les mécanismes de transmission de la politique monétaire et des taux éclaire cet aspect. Un plancher de douze mois exclut les soubresauts infra-annuels, sans contrainte ici : le cycle le plus court retenu fait 76 mois. Le seuil de 20 % est le critère conventionnel de marché haussier ou baissier appliqué à la devise. Le décompte de cinq cycles est identique au seuil de 25 % ; ce n’est qu’à 15 % que le pic de crise de 2008 scinde la baisse de 2002-2011 en trois segments, portant le total à sept. Le résultat est donc stable sur la plage 20-25 %.
Une seule série ne couvre pas toute la période. La Réserve fédérale a interrompu l’indice long Major Currencies (série FRED DTWEXM) en 2019, le remplaçant par l’indice Advanced Foreign Economies (DTWEXAFEGS), qui débute en 2006. Cette étude utilise Major Currencies pour les cycles jusqu’en 2011 et Advanced Foreign Economies pour le cycle 2011-2022 et le mouvement actuel, en raccordant les deux au creux de 2011 (août 2011). Sur le chevauchement 2006-2019, les deux indices évoluent de façon quasi identique, avec une corrélation de 0,999 sur les variations mensuelles, et parce que la jonction tombe sur une frontière de cycle, aucune amplitude de cycle n’est mesurée à cheval sur elle. L’indice large n’est pas retenu pour le raccord, car il suit moins fidèlement les séries major et avancée : il inclut le renminbi et d’autres devises émergentes. L’ajustement post-flottement de 1973-1978, d’environ −15 %, reste sous le seuil et n’est pas compté comme un cycle. La base de données, une ligne par cycle, est disponible ci-dessous, et chaque chiffre de cette étude en est calculé. Développé ici : le revenu d’investissement extérieur proche de zéro.
Questions fréquentes
Combien de marchés haussiers et baissiers le dollar a-t-il connus depuis 1973 ?
Cinq cycles de tendance pluriannuels complets, trois hausses et deux baisses, sur l’indice pondéré des échanges de la Réserve fédérale, selon une règle de 20 % minimum pic à creux. Le décompte est le même au seuil de 25 % ; une règle plus souple à 15 % ajoute le pic de crise de 2008, soit sept.
Combien de temps dure un cycle du dollar ?
Sur les cinq depuis 1973, les phases haussières ont duré environ huit ans et les baissières environ dix. La plus courte fait 77 mois (la hausse 1978-1985) et la plus longue 134 mois (la hausse 2011-2022). Ce sont des moyennes descriptives sur un échantillon réduit, non un calendrier.
Le dollar a-t-il déjà chuté durablement en ligne droite ?
Pas sur l’indice de prix de la Réserve fédérale depuis le flottement de 1973. Les deux replis pluriannuels, −44 % en 1985-1995 et −38 % en 2002-2011, se sont chacun retournés en un nouveau marché haussier de +40 % et +49 % respectivement. L’indice n’a pas évolué dans un seul sens sur le demi-siècle.
Le statut de monnaie de réserve du dollar décline-t-il ?
La part du dollar dans les réserves mondiales allouées est passée d’environ 71 % en 1999 à 56,9 % au troisième trimestre 2025 (COFER, FMI), une dérive lente de plusieurs décennies. Le FMI attribue l’essentiel du recul de 2025 à des effets de change plutôt qu’à des ventes actives. La part de réserve est une mesure distincte de l’indice de change suivi par cette étude.
Qu’est-ce qui a retourné chaque cycle du dollar ?
Chaque retournement a coïncidé avec l’une de quelques conditions : un changement d’écart de taux d’intérêt réels, une intervention coordonnée (l’accord du Plaza de 1985) ou une fuite vers la qualité en période de crise (2008), plutôt qu’un changement du statut de réserve. La base consigne les dates de chaque retournement ; l’association avec ces conditions est descriptive, non une affirmation causale.
Télécharger les données : tous les cycles du dollar depuis 1973 (CSV)
Licence : CC BY 4.0
À lire ensuite
- Cette étude suit les cycles de tendance pluriannuels ; pour la saisonnalité calendaire du dollar, voir les pires premiers semestres du dollar depuis 1973.
- La même approche appliquée au marché obligataire : chaque inversion de la courbe des taux depuis 1976.
- Le comportement du dollar dans les crises passées : le dollar dans les crises mondiales, 1973-2023.
- Le taux directeur derrière les écarts de taux : une histoire du taux des fonds fédéraux.
- L’écart de taux réels qui a marqué plusieurs retournements : les taux d’intérêt réels américains dans le temps.
Mis à jour le 12 juillet 2026
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