Dollar ou or : la tension sur l’actif de réserve
Le dollar est la principale monnaie de réserve mondiale ; l’or est l’actif de réserve sans émetteur ni contrepartie. La tension entre les deux ne porte pas sur le rendement — le dollar verse un intérêt, l’or non — mais sur la confiscabilité. Depuis 2022, les banques centrales reconstituent leurs réserves d’or précisément parce qu’une réserve détenue dans la monnaie d’un autre État peut être gelée.
Dans ce comparatif
Pourquoi ce comparatif compte
« Dollar ou or » est presque toujours posé comme un pari de prix — l’or va-t-il monter quand le dollar baisse ? Ce cadrage manque le vrai affrontement, qui se joue dans les bilans des banques centrales, pas sur un écran de trading. Le dollar et l’or sont les deux plus grands actifs de réserve officiels au monde, et ils répondent à deux questions distinctes : liquidité et rendement d’un côté, souveraineté et risque de contrepartie de l’autre. L’erreur est de les traiter comme des substituts alors que les gestionnaires de réserves les traitent comme des compléments aux vulnérabilités opposées. À relier à : notre étude sur l’indice large du dollar.
Ce qu’est le dollar comme actif de réserve
Le dollar est l’unité que la plupart des banques centrales détiennent pour régler le commerce, servir leur dette en devises et intervenir sur le marché des changes. Selon la Réserve fédérale, le dollar représentait environ 58 % des réserves de change officielles déclarées en 2024, loin devant l’euro proche de 20 %. Sa part a reculé depuis un pic d’environ 72 % en 2001, mais aucune monnaie rivale n’a capté la différence. Un dollar de réserve est une créance sur le système financier américain — liquide et rémunérée, mais inscrite dans les comptes d’un autre.
→ Explication complète : Qu’est-ce qui fait du dollar la monnaie de réserve mondiale ?
Ce qu’est l’or comme actif de réserve
L’or est l’actif de réserve sans émetteur, sans échéance et sans contrepartie. Il ne verse aucun coupon et ne rapporte aucun rendement, ce qui constitue son désavantage structurel face au dollar en temps normal. Son avantage : il ne peut être ni imprimé, ni mis en défaut, ni gelé par un autre gouvernement. Selon la Réserve fédérale, la part de l’or dans les réserves officielles totales est passée de moins de 10 % en 2015 à plus de 23 % en 2024 — un doublement porté par la demande, pas seulement par la hausse du cours.
→ Explication complète : Pourquoi l’or est-il une protection contre l’instabilité monétaire plutôt que l’inflation ?
Les différences essentielles
Émetteur et contrepartie. Le dollar est un engagement des États-Unis ; le détenir, c’est faire confiance à la solvabilité de l’émetteur et à sa volonté de maintenir votre accès ouvert. L’or n’est l’engagement de personne. C’est l’asymétrie structurelle : la valeur du dollar repose sur la confiance en une institution, celle de l’or sur la rareté physique seule.
Confiscabilité — où se situe l’angle. La différence décisive n’est pas le rendement mais la saisissabilité. Quand une partie des réserves de change russes a été gelée en 2022, les gestionnaires de réserves de nombreuses économies émergentes ont enregistré qu’une réserve en dollars peut être neutralisée par décision politique. L’or conservé dans des coffres nationaux ne le peut pas. C’est pourquoi les achats d’or des banques centrales ont dépassé 1 000 tonnes par an en 2022, 2023 et 2024 — selon le World Gold Council, environ 1 082, 1 037 et près de 1 045 tonnes respectivement — contre une moyenne proche de 473 tonnes par an sur 2010-2021.
Liquidité et rendement. Le dollar l’emporte sur les deux en conditions calmes : marchés profonds, règlement instantané, taux d’intérêt positif. L’or est moins liquide en volume et ne rapporte rien. L’arbitrage ne s’inverse que lorsque c’est la confiance en l’émetteur, et non en la rareté, qui est mise en question.
Leur comportement selon les régimes
En régime de stabilité monétaire avec taux réels positifs, le dollar domine : il verse un rendement réel quand l’or porte un coût d’opportunité, et les réserves restent fortement dollarisées. En régime d’instabilité monétaire ou d’avilissement des monnaies, l’or tend à gagner du poids relatif parce que la confiance dans les créances papier s’érode plus vite que la confiance dans le métal. En régime de fragmentation géopolitique — le pivot dominant depuis 2022 — l’or progresse pour une troisième raison sans lien avec l’inflation ou les taux : c’est le seul actif de réserve hors de la juridiction d’un autre État. Le paramètre de bascule est la confiance qui défaille : une défiance envers l’émetteur favorise l’or, une défiance envers la rareté n’avantage ni l’un ni l’autre.
Le dollar vous paie pour faire confiance à un émetteur ; l’or vous coûte un rendement pour n’avoir besoin de personne.
→ Cadre d’analyse : Le dollar dans le système monétaire mondial
La confusion fréquente
L’erreur fréquente est de lire la baisse de la part du dollar dans les réserves comme une dédollarisation active — des banques centrales liquidant des dollars pour acheter de l’or. Les données nuancent ce récit. Les chiffres COFER du FMI montrent qu’une large part du recul récent de la part du dollar reflète des mouvements de change plutôt qu’une réallocation de portefeuille : au 2e trimestre 2025, l’essentiel de la baisse vient d’un dollar plus faible qui revalorise les autres devises, et non de ventes. L’accumulation d’or est réelle et délibérée, mais elle coexiste avec des avoirs en dollars toujours dominants. Le déplacement est un rééquilibrage marginal sous contrainte géopolitique, pas une sortie de masse.
Observation pratique
Ce que les données suggèrent pour structurer votre propre analyse :
- Question à se poser : quand la composition des réserves bouge, le changement vient-il d’achats et de ventes actifs, ou d’une revalorisation de change des avoirs existants ?
- Donnée à suivre : la part du dollar dans le COFER du FMI (corrigée des mouvements de change) en regard de la part de l’or dans les réserves officielles totales — l’écart entre les deux indique si la réallocation est réelle.
- Parallèle historique : les achats d’or des banques centrales ont dépassé 1 000 tonnes par an en 2022, 2023 et 2024 (World Gold Council), soit environ le double de la moyenne 2010-2021 d’à peu près 473 tonnes.
- Ce que documente la recherche : les travaux du FMI et de la Réserve fédérale traitent le statut de monnaie de réserve comme persistant — la part du dollar s’est érodée lentement sur deux décennies sans qu’un successeur n’émerge.
Ces informations sont descriptives et destinées à structurer votre propre analyse. Eco3min ne fournit pas de conseil en investissement.
Aller plus loin
📊 Gérer les réserves sous risque de sanctions : Comment la militarisation du dollar a-t-elle changé la gestion des réserves ?
📁 La tendance du secteur officiel sur l’or : Pourquoi les banques centrales accumulent-elles de l’or ?
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Questions fréquentes
En quoi l’or diffère-t-il du dollar comme actif de réserve ?
Le dollar est un engagement des États-Unis : liquide, rémunéré, mais détenu sur le système financier de l’émetteur et soumis à sa politique. L’or n’est l’engagement de personne — il ne rapporte aucun rendement et reste moins liquide en volume, mais il ne peut être ni imprimé, ni mis en défaut, ni gelé par un gouvernement étranger. Le dollar offre rendement et commodité ; l’or offre l’indépendance vis-à-vis de tout émetteur. Les gestionnaires de réserves détiennent les deux car ils couvrent des risques différents : le dollar couvre les besoins quotidiens de règlement, l’or couvre la perte de confiance dans les créances papier.
Pourquoi les banques centrales achètent-elles de l’or si le dollar domine toujours les réserves ?
Parce que les deux actifs traitent des vulnérabilités différentes. Le dollar restait proche de 58 % des réserves déclarées en 2024, mais sa domination repose sur un accès maintenu au système financier américain. Après le gel d’une partie des réserves russes en 2022, plusieurs banques centrales ont conclu qu’une réserve détenue dans la monnaie d’un autre État porte un risque de souveraineté que l’or évite. Acheter de l’or — plus de 1 000 tonnes par an en 2022, 2023 et 2024 selon le World Gold Council — rééquilibre vers un actif hors de toute juridiction, sans imposer une sortie complète du dollar.
Une baisse de la part du dollar signifie-t-elle une dédollarisation ?
Pas nécessairement. Les données COFER du FMI montrent qu’une large part du recul récent de la part du dollar reflète des effets de change plutôt que des ventes actives. Au 2e trimestre 2025, l’essentiel de la baisse vient d’un dollar plus faible qui revalorise les autres devises de réserve, tandis que les chiffres à taux de change constant ne montrent qu’un changement marginal. L’accumulation d’or est réelle et pilotée par les politiques publiques, mais elle coexiste avec des avoirs en dollars toujours dominants. Le schéma historique est une érosion lente de la part du dollar sur deux décennies, sans qu’aucune monnaie rivale ne capte la différence. Le même traitement est appliqué à des dizaines d’autres paires dans notre catalogue de comparatifs.
Mis à jour le 12 juillet 2026
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