Épargne réglementée : ce que détiennent vraiment les Français, la photographie annuelle

Chaque année, la Banque de France dresse la photographie de l’épargne réglementée des Français. Derrière une moyenne rassurante se cache une réalité plus tranchée : c’est la distribution, et non la moyenne, qui raconte l’histoire.
Cette page fixe les chiffres clés de cette photographie, produit par produit, et montre pourquoi l’encours moyen d’un livret dit bien moins que sa répartition réelle entre détenteurs.
Fin 2024, les Français détenaient 956 milliards d’euros d’épargne réglementée, mais la moyenne masque une forte concentration : un tiers des Livrets A contiennent moins de 150 euros, un sixième touchent le plafond.
- Livret A : 432 milliards d’euros, 58 millions de livrets, encours moyen de 7 482 euros, mais 32 % sous 150 euros et 15 % au plafond de 22 950 euros.
- LEP : 82 milliards d’euros pour 12 millions de livrets ; les 26 % dépassant le plafond de 10 000 euros détiennent 43 % de l’encours.
- PEL : 226 milliards d’euros pour 9 millions de plans, montant moyen supérieur à 25 000 euros, taux de détention tombé à 13,3 %.
Le paysage : 956 milliards, quatre produits
Fin 2024, l’épargne réglementée des ménages français atteignait 956 milliards d’euros, soit 15 % de leur patrimoine financier, avec des flux nets de 20,1 milliards sur l’année, en troisième position derrière l’assurance-vie et les comptes à terme. Quatre produits en forment l’ossature. Le Livret A, créé en 1818 et détenu par 83 % des Français, pèse à lui seul 432 milliards répartis sur 58 millions de livrets. Le Livret de développement durable et solidaire suit avec 160 milliards sur 26,3 millions de comptes, plafonné à 12 000 euros. Le Livret d’épargne populaire, réservé aux ménages modestes et plafonné à 10 000 euros, atteint 82 milliards pour 12 millions de détenteurs. Le Plan d’épargne logement, enfin, totalise 226 milliards sur 9 millions de plans. À consulter : les instruments court terme comparés par horizon.
Ces 956 milliards s’inscrivent dans un patrimoine financier des ménages bien plus large, dont ils représentent 15 %. Les dépôts bancaires en pèsent 33 %, l’assurance-vie 32 % et les actions et fonds propres 27 %. À titre de comparaison, l’encours des seuls contrats d’assurance-vie en euros atteignait 1 551 milliards fin 2024 : l’épargne réglementée en équivaut à près des deux tiers. En 2024, les trois grands livrets, Livret A, LDDS et LEP, ont encore collecté positivement, avec des flux nets de 49,3 milliards, quand le PEL enregistrait une décollecte de 12,1 %.
Le niveau d’épargne des Français, parmi les plus élevés d’Europe, alimente ces encours sans en corriger la concentration. En 2024, les flux nets vers l’épargne réglementée, 20,1 milliards, restaient soutenus mais en net retrait par rapport aux collectes exceptionnelles de 2022 et 2023, à mesure que la baisse de l’inflation ramenait les taux servis vers des niveaux plus ordinaires. La photographie de fin 2024 est donc celle d’un stock élevé, stabilisé après deux années record, et toujours aussi inégalement réparti entre les détenteurs.
C’est le Livret A, un instrument de politique publique, qui domine le paysage, et ce que le Livret A représente pour les ménages qui explique cette place centrale. Mais l’encours agrégé cache l’essentiel. Le taux d’épargne des Français est élevé, autour de 18 % du revenu disponible, sans que cette épargne soit également répartie. La moyenne n’est le portrait de personne.
La moyenne ment : la concentration du Livret A
L’encours moyen d’un Livret A détenu par un particulier s’établit à 7 482 euros fin 2024. Ce chiffre, souvent cité, décrit un épargnant qui n’existe pas. La ventilation par tranche de solde révèle deux populations opposées : près d’un tiers des Livrets A, 32 %, contiennent moins de 150 euros, tandis que 15 % touchent ou dépassent le plafond de 22 950 euros. Ce sont ces derniers qui concentrent la majeure partie de l’encours. La moyenne se situe donc entre une masse de livrets presque vides, ouverts et oubliés, et une minorité de livrets pleins qui tirent le chiffre vers le haut.
Cette masse de livrets presque vides tient en partie à la manière dont le Livret A est ouvert. Les étudiants et les mineurs représentent à eux seuls près d’un tiers des ouvertures annuelles, souvent comme premier compte bancaire, et beaucoup de ces livrets restent ensuite peu alimentés. À l’autre extrémité, les livrets pleins appartiennent à des ménages plus âgés et plus aisés, pour qui le Livret A sert de réserve de précaution à côté d’autres placements. La moyenne agrège ces deux usages sans distinction, ce qui la rend peu informative sur la réalité de chaque détenteur. Éclairage complémentaire : notre étude « Anatomie des placements ».
Cette structure éclaire le rendement réel de l’épargne de précaution : pour la moitié des détenteurs, dont le solde est faible, la question du rendement est presque théorique ; pour la minorité au plafond, le taux administré et l’exonération fiscale portent sur des sommes significatives. Un même produit, deux réalités.
Le LEP : le même schéma, accentué
Le Livret d’épargne populaire pousse la concentration plus loin. Les 26 % de LEP dont l’encours dépasse le plafond de 10 000 euros détiennent à eux seuls 43 % de l’encours total. Réservé aux ménages sous condition de ressources, le Livret d’épargne populaire et ses conditions définit une population plus restreinte : 12 millions de détenteurs, soit 22 % de la population majeure, et 38 % des 31 millions de personnes éligibles. La Banque de France note d’ailleurs que le taux de détention reste faible parmi les ménages en situation de fragilité financière, la cible même du produit, ce qui souligne l’écart entre l’éligibilité et le recours effectif.
Le LDDS, cousin du Livret A plafonné à 12 000 euros, suit une logique voisine : 160 milliards d’euros répartis sur 26,3 millions de comptes, pour un encours moyen proche de celui du Livret A. Depuis 2020, les banques doivent proposer à leurs détenteurs de reverser une partie de leurs intérêts à des acteurs de l’économie sociale et solidaire, une option qui reste marginale : 2,6 millions d’euros seulement ont été donnés en 2024, à rapporter aux 160 milliards d’encours. La dimension solidaire du produit demeure, dans les faits, très peu mobilisée.
Le PEL : la concentration par le haut
Le Plan d’épargne logement présente le profil inverse du Livret A : moins de détenteurs, des soldes bien plus élevés. Son montant moyen dépasse 25 000 euros, plus de trois fois celui du Livret A, pour 226 milliards répartis sur 9 millions de plans. Le taux de détention est tombé à 13,3 % en 2024, contre 24 % en 2016, la décollecte tenant essentiellement aux clôtures, 2,4 millions sur la seule année 2024. Le PEL est ainsi devenu un produit détenu par une population plus étroite et plus aisée, dont le PEL et ses générations de taux expliquent l’attachement : beaucoup conservent d’anciens plans à taux élevé plutôt que d’en ouvrir de nouveaux.
Cette concentration par le haut s’explique par la nature même du produit : discipline d’épargne, versements réguliers, blocage de fait, et un taux garanti à l’ouverture qui récompense la fidélité aux anciens plans. Les détenteurs sont donc, en moyenne, des ménages disposant d’une capacité d’épargne supérieure, ce qui éloigne encore le PEL du profil du Livret A universel.
Ce que la distribution dit vraiment
Rapprochés, ces chiffres dessinent une image que l’encours global masque. L’architecture de l’épargne réglementée est quasi universelle : 83 % des Français détiennent un Livret A. Mais les montants, eux, sont fortement concentrés, sur chaque produit, entre une majorité de comptes peu garnis et une minorité au plafond. Le portrait de l’épargnant français moyen, avec ses 7 482 euros de Livret A, est un artefact statistique : il ne correspond ni à la moitié des détenteurs qui possèdent beaucoup moins, ni à la minorité qui possède beaucoup plus. La photographie annuelle vaut donc surtout par sa distribution, pas par ses moyennes.
Cette lecture par la distribution a une portée qui dépasse la statistique. Elle rappelle que les avantages attachés à l’épargne réglementée, l’exonération d’impôt et le taux administré, bénéficient surtout, en montant, à la minorité de détenteurs dont les livrets sont pleins, même si l’accès au produit, lui, est quasi universel. Le même écart se retrouve produit par produit, du Livret A au PEL, ce qui fait de la concentration un trait structurel de l’épargne des ménages, et non une particularité d’un seul livret.
Lire l’encours moyen d’un livret comme le solde typique est trompeur. Le montant médian est très inférieur à la moyenne, car celle-ci est tirée vers le haut par la minorité de comptes au plafond. Sur le Livret A, la moyenne de 7 482 euros coexiste avec 32 % de livrets sous 150 euros : c’est la distribution, pas la moyenne, que la lecture doit retenir.
Ramenée au patrimoine total des Français, qui dépasse 6 400 milliards d’euros en incluant l’immobilier, cette épargne réglementée reste une brique parmi d’autres, mais la plus liquide et la plus également accessible. C’est précisément ce contraste qui rend sa concentration frappante : un produit ouvert à presque tous, dont les montants restent captés par une minorité, résume en un chiffre la distance entre l’accès, quasi général, et la détention effective des encours, bien plus étroite.
Lecture d’ensemble
La photographie annuelle de l’épargne réglementée tient en une tension : un produit détenu par presque tous, des montants détenus par quelques-uns. Le Livret A, le LEP et le PEL partagent le même trait, une concentration de l’encours entre une minorité de comptes pleins, que chaque moyenne dissimule. Décrire cette distribution ne dit pas ce qu’un épargnant devrait faire ; cela rend seulement visible ce que les chiffres agrégés effacent. Cette page est mise à jour chaque année, à la parution du rapport annuel de la Banque de France sur l’épargne réglementée, généralement à la mi-juillet.
Mis à jour le 1 août 2026
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