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Eco3min — PEL : un taux figé à l’ouverture, la mécanique des générations

Le PEL est l’inverse mécanique du Livret A : un taux fixé une fois pour toutes à l’ouverture et garanti pour la vie du plan, là où celui du Livret A est révisé deux fois par an. De cette seule différence naît une population de générations.

Rangé à côté du Livret A, le PEL en est l’exact opposé sur le taux : administré et révisé pour l’un, contractuel et figé à l’ouverture pour l’autre. De là naissent des générations.

TL;DR

Un PEL ouvert en 2026 est rémunéré 2 % brut, soit 1,40 % net, un taux figé à l’ouverture pour toute la vie du plan, là où le Livret A est révisé deux fois par an.

  • Le taux du PEL est fixé à l’ouverture par une formule indexée sur les swaps, avec un plancher de 1 %, et garanti jusqu’à la clôture.
  • D’où des générations : 2 % en 2026, 1 % entre 2016 et 2022, jusqu’à 4,5 % avant 2011, certains anciens plans dépassant encore 3 % aujourd’hui.
  • L’analogue américain, le Series I bond, ajoute une composante d’inflation, absente d’un PEL purement fixe.

Deux logiques de taux opposées

Le Livret A et le PEL illustrent deux manières inverses de fixer une rémunération. Le taux du Livret A est administré : l’État le révise en principe deux fois par an selon une formule réglementaire, et la modification s’applique à tous les livrets existants, quel que soit leur ancienneté. C’est l’arbitrage derrière le taux administré qui gouverne son niveau, et comment ce taux est calculé qui en explique la mécanique. Un détenteur de Livret A ne connaît jamais à l’avance le rendement qu’il touchera dans deux ans.

Le PEL fonctionne à l’exact opposé. Son taux est fixé à la date d’ouverture, par arrêté ministériel, et il est garanti pour toute la durée de vie du plan, quelle que soit l’évolution ultérieure des marchés. Un PEL ouvert en 2026 conservera son taux de 2 % brut jusqu’à sa clôture, même si les taux de marché montent ou descendent. Depuis 2011, ce taux d’ouverture est lui-même calculé par une formule indexée sur les taux de swap de la zone euro, égale à 70 % du taux swap à 5 ans augmenté de 30 % de l’écart entre les taux swap à 10 et 2 ans, avec un plancher fixé aujourd’hui à 1 %. Mais une fois le plan ouvert, la formule ne joue plus : le taux est verrouillé. Un stock de PEL n’a donc pas un taux, il a des générations.

La conséquence : les générations de PEL

Parce que chaque plan garde son taux d’ouverture, le stock de PEL est un empilement de générations, chacune figée au niveau du moment où elle a été souscrite. Les données officielles d’economie.gouv.fr donnent la stratigraphie : 2 % pour les plans ouverts depuis le 1er janvier 2026, 1,75 % en 2025, 2,25 % en 2024, 2 % en 2023, et surtout 1 % pour toute la période allant du 1er août 2016 au 31 décembre 2022. Au-delà, les générations les plus anciennes, ouvertes avant 2011, portent des taux de 2,5 à 4,5 %, et certains de ces vieux plans rapportent encore aujourd’hui plus de 3 % à leurs détenteurs. Deux PEL voisins peuvent ainsi servir des rémunérations du simple au quadruple, pour la seule raison qu’ils n’ont pas été ouverts la même année.

Cet héritage a un poids comptable. Fin 2024, selon le rapport annuel de la Banque de France sur l’épargne réglementée, l’encours des PEL s’élevait à 226 milliards d’euros, en recul de 12,1 % sur un an après 257 milliards fin 2023, pour environ 9 millions de plans. Le taux de détention des particuliers poursuit sa décrue et n’est plus que de 13,3 % en 2024, contre 24 % en 2016, soit près d’un Français sur quatre à l’époque. Le montant moyen détenu dépasse 25 000 euros. Les banques doivent porter dans leurs comptes le coût des générations les plus anciennes, dont le taux garanti, très supérieur aux conditions actuelles, représente un engagement de long terme qu’elles provisionnent.

Le taux figé comme option gratuite

La façon la plus juste de lire ces générations est de considérer le taux garanti comme une option gratuite remise à l’épargnant à l’ouverture. Cette option prend de la valeur quand les taux de marché descendent sous le taux contractuel, et en perd quand ils remontent au-dessus. Comparer ce taux contractuel au rendement une fois l’inflation déduite, c’est entrer dans la lecture Eco3min de ce qui détermine le rendement réel d’un placement. Les détenteurs de PEL ouverts avant 2011 ont ainsi mécaniquement conservé, sur toute la période de taux bas de 2015 à 2021, une rémunération très supérieure à celle qu’offrait tout nouveau produit sans risque : leur option était dans la monnaie. À l’inverse, un plan ouvert à 1 % entre 2016 et 2022 a vu son avantage s’inverser dès que les taux courts sont remontés, son option devenant hors de la monnaie. Le même mécanisme, le taux figé, joue tantôt pour, tantôt contre le détenteur, selon le régime de taux qui a suivi son ouverture.

Cette lecture par le régime éclaire aussi la comparaison avec les livrets. Un PEL ouvert en 2026 à 1,40 % net doit se comparer au Livret A dans sa fonction d’épargne, à 1,5 % net et sans fiscalité ni blocage, et plus largement au rendement réel des comptes d’épargne une fois l’inflation déduite. Le PEL récent n’a pas, sur le rendement immédiat, l’avantage qu’avaient les générations anciennes ; sa logique est ailleurs, dans le verrouillage d’un taux pour quinze ans et dans les droits à prêt qu’il ouvre.

Ce basculement se lit dans les chiffres d’encours. Le stock de PEL a reculé de 12,1 % en 2024, à 226 milliards d’euros, et le taux de détention est tombé à 13,3 %, contre 24 % en 2016. Les générations récentes, moins bien rémunérées, ne compensent pas les clôtures des plans anciens.

Le plafond, le prêt et la fiscalité

Le PEL est plafonné à 61 200 euros de versements, hors intérêts capitalisés : une fois ce seuil atteint, le plan continue de produire des intérêts mais n’accepte plus de dépôts, et un plan alimenté au plafond sur dix ans peut dépasser 70 000 euros par la seule capitalisation. Ce plafond élevé en fait un point de bascule pour les épargnants qui ont saturé leur Livret A, dont on peut lire la mécanique au-delà du plafond réglementé. La fiscalité, en revanche, a durci le produit : depuis le 1er janvier 2018, les intérêts des nouveaux PEL sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 %, dès la première année, là où les plans ouverts avant 2018 bénéficiaient d’une exonération d’impôt sur le revenu pendant douze ans. La prime d’État, qui pouvait atteindre 1 525 euros, a été supprimée pour tous les plans ouverts depuis 2018.

Le second volet du PEL, le prêt immobilier à taux garanti, a perdu l’essentiel de son intérêt. Pour un plan ouvert en 2026, le taux du prêt est fixé à 3,20 %, soit le taux d’épargne majoré de 1,20 point, pour un montant plafonné à 92 000 euros et des droits à prêt égaux aux intérêts acquis multipliés par 2,5 pour un achat classique ou 1,5 pour des parts de SCPI. Or les taux des crédits immobiliers de marché évoluaient autour de 2,8 à 3,2 % début 2026 : le prêt PEL ne procure plus l’avantage décisif qu’il offrait dans les années 2010, quand les taux de marché lui étaient supérieurs. Le droit à prêt est devenu, pour les générations récentes, largement théorique.

La clôture des générations les plus anciennes

Une asymétrie de durée complète le tableau. Les plans ouverts à compter du 1er mars 2011 ont une durée de vie maximale de quinze ans, dix ans de versements suivis de cinq ans de phase d’attente, au terme desquels ils sont automatiquement clôturés. Les premiers d’entre eux arrivent à échéance à partir de mars 2026. À l’inverse, les plans ouverts avant le 1er mars 2011 ne connaissent aucune limite de durée réglementaire et peuvent être conservés indéfiniment. Autrement dit, la génération qui porte les taux les plus élevés est précisément celle que la réglementation autorise à durer sans terme, tandis que le plafond de quinze ans balaie progressivement les générations ouvertes depuis 2011. Tout retrait, par ailleurs, entraîne la clôture du plan : avant quatre ans il fait perdre les droits à prêt, et avant deux ans les intérêts sont recalculés au taux, inférieur, du compte épargne logement.

Erreur fréquente

Parler du « taux du PEL » au singulier n’a pas de sens. Il existe autant de taux de PEL que d’années d’ouverture, chacun figé pour la vie du plan : un plan de 2016 à 1 % et un plan d’avant 2011 à 4,5 % coexistent aujourd’hui. La seconde erreur est de croire que le taux garanti est toujours un avantage. C’est une option datée : précieuse quand les taux de marché passent en dessous, pénalisante quand ils repassent au-dessus. Sa valeur ne se juge qu’au regard du régime de taux qui a suivi l’ouverture.

Lecture d’ensemble

Le PEL inverse la logique du Livret A : là où le taux administré s’applique uniformément et bouge dans le temps, le taux contractuel se fige à l’ouverture et se stratifie en générations. Le stock de plans est de ce fait une sorte de musée des régimes de taux, où cohabitent des rémunérations qui vont du simple au quadruple selon la seule date de souscription. Décrire cette mécanique ne dit rien de ce qu’un détenteur devrait faire de son plan : cela rend seulement visible pourquoi deux PEL ne se valent jamais, et pourquoi la valeur d’un taux figé ne se lit qu’à la lumière de ce qui s’est passé après.

Mis à jour le 1 août 2026

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