Chômage caché : ce que le sous-emploi dit du marché du travail
En zone euro, la main-d'œuvre inemployée ou sous-employée est passée de 15,0 % fin 2019 à 12,7 % au deuxième trimestre 2026 : la réserve cachée s'est réduite.
Le taux de chômage ne compte que les personnes sans emploi qui en cherchent un et peuvent le prendre. Le sous-emploi élargi y ajoute le temps partiel subi et les inactifs disponibles, et c’est lui qui mesure la réserve de main-d’œuvre réellement mobilisable.
En zone euro, cette réserve est aujourd’hui plus faible qu’à la fin de 2019. L’idée d’un chômage caché qui gonflerait derrière des taux officiels bas ne résiste pas aux chiffres d’Eurostat.

TL;DR
La part de la main-d’œuvre inemployée ou sous-employée en zone euro est passée de 15,0 % fin 2019 à 12,7 % au deuxième trimestre 2026 : la réserve cachée s’est réduite.
- Le chômage au sens du BIT est passé de 7,1 % à 6,2 % de la population active élargie, le temps partiel subi de 3,3 % à 2,7 % (Eurostat).
- Les inactifs disponibles qui ne cherchent pas, troisième composante, sont tombés de 3,6 % à 2,8 %.
- En France, le sous-emploi élargi recule à 15,4 % contre 17,0 %, alors que le chômage, à 8,3 %, dépasse son niveau de fin 2019.
Ce que le taux de chômage laisse de côté
Le taux de chômage au sens du Bureau international du travail retient trois conditions : ne pas avoir travaillé, être disponible et avoir cherché un emploi. Une personne qui voudrait travailler davantage, ou qui a renoncé à chercher tout en restant disponible, n’y figure pas. Eurostat publie pour cette raison un indicateur plus large, le sous-emploi élargi (labour market slack), dans l’enquête trimestrielle sur les forces de travail (série lfsi_sla_q).
Il additionne quatre groupes, rapportés à la population active élargie : les chômeurs, les personnes à temps partiel qui souhaitent travailler plus, les personnes disponibles qui ne cherchent pas, et celles qui cherchent sans être disponibles tout de suite. C’est la mesure européenne la plus proche du taux U-6 américain.
La lecture courante voit dans l’écart entre ces deux mesures un chômage caché qui s’élargit quand l’économie ralentit. Il peut s’élargir, en effet, et il l’a fait en 2020. Ce n’est pas ce qu’il fait en 2026.
Une réserve plus faible qu’avant la pandémie
Au quatrième trimestre 2019, le sous-emploi élargi de la zone euro représentait 15,0 % de la population active élargie. Il a culminé à 17,5 % au deuxième trimestre 2020, pendant les confinements, puis il a reculé jusqu’à 12,6 % à la fin de 2024. Au deuxième trimestre 2026, il était de 12,7 %. La réserve de main-d’œuvre mobilisable est donc plus faible qu’avant la pandémie, de plus de deux points.
Chaque composante a baissé. Le chômage est passé de 7,1 % à 6,2 % de la population active élargie entre la fin de 2019 et le deuxième trimestre 2026. Le temps partiel subi est passé de 3,3 % à 2,7 %. Les inactifs disponibles qui ne cherchent pas, la catégorie la plus proche de l’idée de chômeurs découragés, sont tombés de 3,6 % à 2,8 %, leur plus bas niveau depuis au moins 2019.
Le chômage caché recule avec le chômage visible.
Le lien avec l’activité est moins mécanique qu’on le dit. La croissance de la zone euro est restée modeste en 2024 et 2025, entre 0,8 % et 1,6 % sur un an selon les trimestres (Eurostat), sans remontée du sous-emploi. Deux explications sont souvent avancées : le vieillissement de la population active, qui réduit le nombre d’entrants, et des entreprises qui gardent leurs salariés parce qu’elles anticipent des difficultés à recruter. Leur poids respectif ne se lit pas dans ces séries.
La France, une exception partielle
La France suit la même pente sur le sous-emploi élargi, à un niveau plus élevé. Il y représentait 15,4 % de la population active élargie au deuxième trimestre 2026, contre 17,0 % au quatrième trimestre 2019. Le temps partiel subi y est passé de 4,9 % à 3,8 %, et les inactifs disponibles de 2,5 % à 2,0 %.
Le chômage français fait exception. À 8,3 % de la population active élargie au deuxième trimestre 2026, il dépasse son niveau de la fin de 2019, 8,0 %, alors qu’il a baissé dans le reste de la zone euro. La réserve totale se réduit donc en France par le temps partiel et l’inactivité, pas par le chômage lui-même. Le détail de la série française est dans la série française du chômage au sens du BIT.
Lire un écart stable entre chômage et sous-emploi élargi comme la preuve d’un chômage caché. En zone euro, les deux ont reculé ensemble depuis 2019 : l’écart, de 7,9 points fin 2019, est de 6,5 points au deuxième trimestre 2026. C’est la direction des deux séries qui informe, pas l’existence de l’écart.
Le même exercice aux États-Unis
Même constat outre-Atlantique. Le Bureau of Labor Statistics publie le taux U-6, qui ajoute au chômage officiel le temps partiel pour raisons économiques et les personnes marginalement rattachées au marché du travail. Il était de 7,6 % en septembre 2026, contre 7,2 % en moyenne en 2019, pour un chômage officiel de 4,2 % contre 3,7 %. L’écart entre les deux mesures, 3,4 points, est pratiquement celui de 2019, 3,5 points (série U6RATE). Le taux de participation américain, à 61,8 %, reste sous sa moyenne de 2019, 63,1 %. Celui des 25-54 ans, à 83,7 %, dépasse le sien de 2019, 82,5 % : la baisse d’ensemble vient du vieillissement plus que d’un retrait des actifs d’âge intermédiaire. La série U-6 est disponible dans notre dataset (en anglais) du taux de chômage élargi américain.
Ce qui ferait remonter la réserve
Un ralentissement qui conduirait les entreprises à réduire les heures avant les effectifs ferait d’abord monter le temps partiel subi, puis le chômage. C’est ce qui s’est produit en 2020, sous une forme extrême. L’indicateur à suivre est donc la composante du temps partiel subi dans la série trimestrielle d’Eurostat : elle mesure l’ajustement par les heures, que les entreprises utilisent souvent avant de toucher aux effectifs.
La publication suivante de l’enquête sur les forces de travail, pour le troisième trimestre 2026, dira si le plancher de 12,6 % atteint fin 2024 tient. Les liens entre ces signaux et les phases du cycle sont développés dans notre page sur les phases du cycle économique, et les révisions des chiffres de l’emploi américain dans la trajectoire après révision, de janvier 2024 à juin 2026.
Mis à jour le 8 octobre 2026
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