Revenu moyen aux États-Unis : pourquoi dépasse-t-il autant le revenu médian ?
Revenu moyen des ménages américains en 2025 : 126 700 $, contre 87 460 $ pour la médiane. D'où vient l'écart de 45 % et ce qu'il dit de la répartition.
Le revenu moyen des ménages américains atteignait 126 700 $ en 2025, 45 % de plus que le revenu médian de 87 460 $, selon le Census Bureau. La moyenne rapporte le revenu total au nombre de ménages, et chaque dollar gagné au sommet la relève, alors que la médiane, revenu du ménage du milieu, ne bouge pas quand le sommet s’éloigne. Environ deux ménages sur trois gagnent moins que la moyenne, et l’écart, de 12 % en 1967, s’est creusé depuis, au moins pour un dixième sous l’effet de changements d’enquête chiffrés par le Census.
Dans cet article
La réponse courte
Médiane et moyenne répondent à deux questions différentes. La médiane, 87 460 $ en 2025 dans le rapport annuel du Census Bureau sur les revenus, est le revenu du ménage du milieu. La moitié des ménages américains se situe au-dessus, l’autre moitié en dessous. La moyenne, 126 700 $, rapporte le revenu total des ménages à leur nombre.
Les deux chiffres coïncideraient si les revenus se répartissaient de façon symétrique autour du milieu. Ce n’est pas le cas. Un revenu ne descend pas sous zéro et peut atteindre plusieurs millions, et chaque dollar du haut entre en entier dans la moyenne sans déplacer la médiane.
Dans les microdonnées du Census, 65,8 % des ménages avaient en 2025 un revenu inférieur à la moyenne, qui se situe ainsi vers le 66e centile de la distribution. L’écart reflète d’abord l’étirement du haut de la distribution. Il est passé de 12 % en 1967 à 45 % en 2025, ruptures d’enquête comprises.
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Ce que montrent les données
Le Census Bureau publie les deux mesures chaque septembre dans sa table historique H-5, tirée du supplément annuel de l’enquête Current Population Survey (CPS ASEC). Le revenu retenu est le revenu monétaire avant impôts. Il exclut les prestations en nature, comme l’aide alimentaire ou Medicaid, et les avantages en nature, comme l’assurance santé payée par l’employeur.
En dollars de 2025 (Census Bureau, table historique H-5 et table 6 du rapport sur les revenus de 2025) :
- Médiane de 87 460 $, moyenne de 126 700 $ en 2025, soit environ 7 290 $ et 10 560 $ par mois avant impôts.
- Un rapport de la moyenne à la médiane de 1,12 en 1967, 1,19 en 1979, 1,36 en 2000, 1,43 en 2019 et 1,45 en 2025.
- De 1967 à 2025, une croissance réelle de 101,5 % pour la moyenne, partie de 62 890 $, contre 55,5 % pour la médiane, partie de 56 230 $.
- Les 5 % de ménages du haut recevaient 23,5 % du revenu total des ménages en 2025, contre 17,2 % en 1967 ; leur revenu moyen atteignait 594 500 $.
- Un indice de Gini du revenu des ménages passé de 0,397 en 1967 à 0,490 en 2025.
Le rapport était identique en 2019 et en 2022, à 1,43, puis atteint 1,45 en 2025. Son plus fort mouvement sur un an, de 1,27 à 1,33 en 1993, coïncide avec un changement de l’enquête elle-même, détaillé plus bas.

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Pourquoi l’écart existe
L’écart publié reflète la forme de la distribution et, dans une moindre mesure, la façon dont l’enquête la capte.
Une distribution étirée vers le haut. Quelques ménages gagnent plusieurs fois la médiane, et chacun de leurs dollars compte dans la moyenne. Si l’on met de côté les 5 % de ménages du haut, dont le revenu moyen atteignait 594 500 $ en 2025 (table 6 du Census), la moyenne des 95 % restants tombe à environ 102 000 $. Les 5 % du haut relèvent donc à eux seuls la moyenne de 24 700 $, près des deux tiers de son avance sur la médiane. Les revenus du haut ont en outre progressé plus vite que ceux du milieu, une divergence que retrace l’évolution de chaque centile depuis 1967.
Des changements de mesure. Pour 2013 et 2017, le Census Bureau a publié deux estimations, selon l’ancienne et la nouvelle méthode. La refonte du questionnaire en 2013 et le nouveau traitement en 2017 ont relevé le rapport de 0,005 et de 0,030, soit au moins un dixième de sa hausse de 0,33 depuis 1967. Le saut de 1993 coïncide avec le passage aux entretiens assistés par ordinateur et avec le relèvement des montants maximaux enregistrés (top-coding), les revenus d’activité étant désormais codés jusqu’à 999 999 $. L’indice de Gini est passé cette année-là de 0,433 à 0,454.
La table H-5 ne corrige pas ces ruptures : toute comparaison qui enjambe 1993, 2013 ou 2017 les inclut.
Découpée par régime, la série suit mal le cycle de l’inflation. De 1967 à 1979, années d’inflation montante, le rapport gagne 0,07 alors que la part du quintile du haut ne bouge presque pas (43,6 %, puis 44,2 %) : c’est le quintile du milieu qui recule, de 17,3 % à 16,8 %. De 1979 à 2000, années de désinflation où les économistes du travail documentent une hausse de la prime aux qualifications, il gagne 0,17, dont un tiers en 1993, et la part du quintile du haut atteint 49,8 %. Depuis 2000, il ne gagne plus que 0,09, dont 0,035 au titre des ruptures de 2013 et 2017. Hors ruptures identifiées, c’est le rythme de l’élargissement qui sépare les régimes : environ 0,006 par an avant 1979, 0,005 de 1979 à 2000 sans le saut de 1993, 0,002 depuis 2000.
Deux ménages sur trois gagnent moins que la moyenne, et au moins un dixième de l’élargissement de l’écart depuis 1967 relève de la mesure.
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Ce que cela signifie pour les acteurs économiques
Ménages. Un ménage qui se compare au ménage américain moyen se mesure à un niveau qu’environ un tiers des ménages seulement atteint. C’est la médiane qui permet de situer un ménage parmi les autres. La moyenne rapporte la masse des revenus au nombre de ménages.
Investisseurs et analystes. Le revenu personnel de la comptabilité nationale est un total : rapporté au nombre de ménages, il donne une moyenne, sur un champ plus large que celui du Census. Dans la table H-5, la moyenne réelle a progressé près de deux fois plus que la médiane depuis 1967, 101,5 % contre 55,5 %. Un agrégat par ménage décrit donc mal ce qu’a gagné le ménage du milieu.
Politiques publiques. L’aide au logement américaine fixe ses plafonds de revenu en pourcentage du revenu familial médian de chaque zone : 50 % et 80 % pour les principales catégories. Le ministère du Logement (HUD) publie ces chiffres chaque année. L’ancrage sur la médiane rattache les seuils à la famille du milieu de chaque zone, quoi qu’il arrive au sommet.
Une erreur courante consiste à lire le revenu moyen des ménages comme le revenu d’un ménage typique. Sur les chiffres de 2025, cette lecture place le ménage typique près de 39 200 $ au-dessus du milieu réel de la distribution.
Observation pratique
Ce que les données suggèrent pour comprendre sa situation :
- Question à se poser : un chiffre présenté comme le revenu des ménages est-il une moyenne ou une médiane, par ménage ou par personne, avant ou après impôts ?
- Donnée à suivre : le rapport de la moyenne à la médiane dans la table H-5 du Census, publiée chaque septembre, 1,45 pour 2025. Une hausse signale que les revenus du haut s’éloignent du milieu ; un changement de méthode, signalé en note, peut aussi le faire bouger.
- Parallèle historique : de 2000 à 2019, le rapport est passé de 1,36 à 1,43, et la moitié environ de cette hausse tient aux changements de méthode de 2013 et 2017.
- Ce que documente la littérature : Autor, Dube et McGrew (NBER, 2023) montrent que la hausse des bas salaires après la pandémie a effacé environ un tiers de la progression de l’écart 90/10 des salaires horaires sur quatre décennies, une mesure distincte du revenu des ménages. Piketty et Saez (2003), à partir des déclarations fiscales, retracent la remontée des parts de revenu du haut depuis les années 1970.
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Pour aller plus loin
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Questions liées
Questions fréquentes
Le revenu médian des ménages est-il le salaire médian ?
Non : le revenu du ménage additionne le revenu monétaire de tous ses membres, des salaires et revenus d’indépendant à la Social Security, aux pensions, aux intérêts et aux dividendes. Un ménage à deux actifs compte les deux salaires, un ménage de retraités sans activité compte sa pension. Le revenu médian de 87 460 $ en 2025 classe donc des ménages, quand un salaire médian classe des travailleurs. Le Census Bureau publie les revenus d’activité des salariés à temps plein toute l’année dans des tables distinctes.
Quelle part de l’élargissement vient des changements de l’enquête ?
Au moins un dixième, peut-être près de trois dixièmes. En 2013, le rapport valait 1,399 selon l’ancienne méthode et 1,404 selon la nouvelle ; en 2017, 1,404 et 1,434. Ensemble, les deux ruptures ajoutent 0,035, un dixième de la hausse de 0,33 depuis 1967. Le saut de 1993, 0,06, n’a pas de double estimation : s’il tenait entièrement à l’enquête, la mesure expliquerait 28 % de la hausse.
La moyenne peut-elle monter sans que le ménage médian y gagne ?
Oui, et le calcul est court. Les 5 % de ménages du haut détenant 23,5 % du revenu total en 2025, une hausse de 10 % de leur revenu moyen relève la moyenne d’ensemble d’environ 2,35 % et laisse la médiane inchangée. Le rapport peut aussi reculer : en 2022, la moyenne réelle a baissé de 3,5 % et la médiane de 2,2 %, ramenant le rapport de 1,45 en 2021 à 1,43.
Mis à jour le 1 octobre 2026
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