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Eco3min — Composition de la demande d’or : bijou, investissement, banques centrales

La demande d’or n’est pas un agrégat homogène : elle réunit la bijouterie, l’investissement en barres, pièces et fonds indiciels, les achats des banques centrales et l’usage technologique, des composantes aux ressorts opposés qu’un chiffre global masque.

TL;DR

Quatre composantes aux sensibilités opposées au prix structurent la demande d'or : une bijouterie qui recule quand le métal renchérit, des achats officiels et une technologie peu réactifs, un investissement procyclique.

  • La bijouterie illustre l'écart volume-valeur : après plusieurs trimestres de recul à deux chiffres en volume, sa dépense mondiale a progressé d'environ 18 % en 2025 pour atteindre un record proche de 172 milliards de dollars.
  • L'investissement a porté l'année : barres et pièces à un sommet de douze ans, de l'ordre de 1 370 tonnes, et encours des fonds cotés américains à un record proche de 2 020 tonnes, pour une valeur d'investissement plus que doublée au-delà de 240 milliards de dollars.
  • Les banques centrales ont acheté 863 tonnes nettes en 2025, en deçà des plus de 1 000 tonnes de 2022-2024 mais près du double de la moyenne 2010-2021, de l'ordre de 470 tonnes.
  • La recomposition depuis 2024 a réduit la sensibilité de l'ensemble au prix : à mesure que l'investissement et les achats officiels, peu élastiques, gagnent du poids face à la bijouterie, la demande totale s'effondre moins facilement quand le cours monte.

Décomposer cette demande éclaire pourquoi un même prix élevé peut faire reculer un segment quand un autre progresse, et pourquoi sa structure s’est profondément déplacée depuis 2024.

Une demande, plusieurs composantes

Parler de « la demande d’or » comme d’un bloc conduit à des contresens. En 2025, la demande mondiale a dépassé 5 000 tonnes, au gré d’une année marquée par 53 records de prix et un cours moyen de quelque 3 430 dollars l’once. Mais ce total recouvre des mouvements divergents : il a été tiré par l’investissement, tandis que la bijouterie, sa composante historiquement dominante en volume, reculait. Lecture connexe : les arbitrages entre voies d’accès à l’or.

On distingue classiquement quatre grandes composantes de la demande de flux : la bijouterie, l’investissement physique et financier, les achats officiels des banques centrales et la technologie. Chacune obéit à une logique propre, et leur sensibilité au prix diffère radicalement. C’est cette hétérogénéité qui fait de l’or au cœur des réserves un marché difficile à résumer par un seul agrégat.

Une précision s’impose d’emblée : cette ventilation porte sur la demande annuelle, c’est-à-dire sur des flux, et non sur la répartition du stock hors sol accumulé au fil des siècles. Les deux lectures se complètent mais ne se confondent pas, la première décrivant ce qui s’achète chaque année, la seconde ce qui est détenu.

À ces quatre composantes s’ajoute un canal moins visible : les transactions de gré à gré et les flux hors Bourse, souvent regroupés sous le terme d’achats de gré à gré. C’est en les intégrant que la demande totale a dépassé 5 000 tonnes en 2025. Ces flux, le fait d’investisseurs fortunés ou institutionnels, échappent en partie aux statistiques sectorielles classiques, mais pèsent dans l’équilibre du marché.

La bijouterie, sensible au prix

La bijouterie a longtemps constitué la première source de demande en volume. Elle est aussi la plus sensible au prix : quand le métal renchérit, les ménages achètent des pièces plus légères ou diffèrent leurs acquisitions. En 2025, les volumes de bijouterie ont enchaîné plusieurs trimestres de recul à deux chiffres, conséquence directe de la succession de records.

Un paradoxe mérite toutefois d’être relevé : si le volume baissait, la valeur de la demande de bijoux progressait. Sur l’année, la dépense mondiale en bijouterie a augmenté d’environ 18 % pour atteindre un record de l’ordre de 172 milliards de dollars. Les consommateurs achètent moins de grammes, mais dépensent davantage, signe d’un attachement intact à la valeur, distinct de la consommation en poids.

Cette élasticité au prix se lit avec acuité dans la demande physique asiatique, où la Chine et l’Inde ont vu leur bijouterie reculer en 2025 au profit de l’investissement. La bijouterie agit ainsi comme le segment d’ajustement de la demande : il absorbe une part du choc de prix là où les autres composantes résistent.

La frontière même de la bijouterie évolue. En Chine, des bijoux de très haute pureté, proches de l’or d’investissement par leur teneur, ont soutenu la demande là où l’ornement traditionnel reculait. Ce glissement brouille la ligne entre parure et placement : un même achat peut relever de l’usage décoratif et de la réserve de valeur, ce qui complique la lecture des seuls volumes de bijouterie.

L’investissement : barres, pièces et fonds indiciels

L’investissement a été le moteur de l’année 2025. Il recouvre deux formes : la détention physique de barres et de pièces, et les fonds indiciels adossés à l’or, qui détiennent du métal pour le compte d’investisseurs. La demande de barres et pièces a atteint un sommet de douze ans, de l’ordre de 1 370 tonnes, tandis que les fonds indiciels ajoutaient quelque 800 tonnes à leurs avoirs, leur plus forte progression depuis des années. Dans le prolongement de : les voies d’exposition à l’or.

Aux États-Unis, ce mouvement a été spectaculaire : les fonds cotés ont absorbé l’essentiel de la demande, portant leurs encours à un niveau record proche de 2 020 tonnes. Au total, la valeur de l’investissement en or a plus que doublé sur l’année, dépassant 240 milliards de dollars. Contrairement à la bijouterie, cette composante est procyclique : elle tend à croître avec le prix, dans une boucle où la hausse attire de nouveaux flux.

La distinction entre barre physique et fonds indiciel n’est pas neutre. La première immobilise du métal détenu en propre ; le second offre une exposition liquide, plus réactive aux mouvements de marché. Ensemble, ils forment une demande d’investissement plus volatile que les autres, capable d’amplifier les cycles à la hausse comme à la baisse. Prolongement : la géopolitique de l’offre de ressources.

Le mécanisme des fonds indiciels mérite une précision. Ces fonds détiennent du métal physique en coffre pour le compte de leurs porteurs : une entrée de capitaux se traduit donc par un achat réel d’or. En 2025, après plusieurs années de décollecte, ce sont surtout les fonds nord-américains qui ont mené la reprise, dans une dynamique où la hausse du prix nourrissait les entrées, qui nourrissaient à leur tour la hausse. Cadre d’ensemble : les ETF passés au crible des données.

Des évolutions réglementaires ont par ailleurs élargi le vivier de l’investissement. En 2025, l’autorisation donnée aux assureurs chinois de participer au marché de l’or a ouvert une source de demande potentiellement durable, adossée à des investisseurs institutionnels de long terme. De telles mesures, structurelles, agissent moins sur le cycle immédiat que sur le socle de demande des années à venir.

Les banques centrales, demande stratégique

La quatrième composante a transformé le marché ces dernières années : les achats des banques centrales. En 2025, leurs acquisitions nettes ont atteint 863 tonnes. Ce niveau, en retrait par rapport aux plus de 1 000 tonnes des années 2022 à 2024, reste près du double de la moyenne observée entre 2010 et 2021, de l’ordre de 470 tonnes. Plus de contexte : l’or comme signal des anticipations monétaires.

Cette demande se distingue par sa relative insensibilité au prix. Là où le bijoutier ou l’investisseur réagit au cours, la banque centrale achète pour des motifs stratégiques : diversification des réserves, réduction de la dépendance au dollar, protection géopolitique. L’accumulation des réserves officielles installe ainsi un plancher de demande largement indépendant des fluctuations de marché, porté surtout par les pays émergents.

C’est cette composante qui a le plus contribué à modifier le régime de l’or, en ajoutant à la demande privée un acheteur structurel et peu élastique. Son ralentissement relatif en 2025 n’a pas inversé la tendance : la demande officielle demeure un pilier du marché, distinct par nature des autres segments.

Le changement de statut des banques centrales mérite d’être souligné. Vendeuses nettes d’or jusqu’au début des années 2010, elles en sont devenues des acheteuses structurelles depuis. En 2025, une vingtaine d’institutions ont accru leurs réserves d’au moins une tonne, et les enquêtes du secteur indiquent que les banques des pays émergents comptent poursuivre. Cette demande s’inscrit dans une tendance de fond, non dans un épisode isolé.

Technologie et ce que révèle la composition

La technologie forme la composante la plus discrète. L’or y est utilisé pour ses propriétés de conductivité et de résistance, dans l’électronique et certains usages médicaux. Cette demande, modeste en volume et relativement stable, s’est maintenue en 2025 malgré le prix élevé, soutenue par la croissance des applications liées à l’intelligence artificielle : le métal y est difficilement substituable, ce qui la rend peu sensible au coût.

Mise bout à bout, cette composition raconte un déplacement net. La demande d’or est passée d’une structure dominée par la bijouterie à une structure portée par l’investissement et les achats officiels, deux segments moins sensibles, voire procycliques, face au prix. Ce glissement explique pourquoi l’or a pu monter alors même que sa composante traditionnelle, l’ornement, reculait en volume.

Cette demande recomposée rencontre la rigidité de l’offre minière : c’est de la confrontation entre une production quasi fixe et une demande dont la nature a changé que naît le prix. Replacée dans le cadre géoéconomique des ressources, la composition de la demande d’or apparaît comme la grille indispensable pour lire un marché qu’aucun chiffre unique ne résume.

Une façon utile de récapituler consiste à classer les composantes selon leur sensibilité au prix. À une extrémité, la bijouterie, qui recule quand le métal renchérit ; à l’autre, la technologie et les achats officiels, peu réactifs au cours ; au milieu, l’investissement, procyclique, qui s’intensifie avec la hausse. C’est la position de chaque segment sur ce spectre qui détermine sa réaction à un même prix.

Cette grille a une portée concrète. À mesure que les composantes peu élastiques, demande officielle et investissement, gagnent du poids face à la bijouterie sensible au prix, la demande totale devient moins susceptible de s’effondrer sous l’effet d’un cours élevé. La recomposition observée depuis 2024 modifie ainsi non seulement le niveau de la demande, mais aussi sa réactivité au prix.

Un fil transversal traverse enfin ces composantes : l’écart entre volume et valeur. Dans la bijouterie comme dans l’investissement, le tonnage a souvent sous-estimé le poids économique réel, la valeur progressant à la faveur du prix. Lire la demande d’or par les seules tonnes, sans la valeur, revient ainsi à ignorer une partie de ce que le marché exprime.

À retenir
  • La demande d’or réunit quatre composantes aux moteurs opposés : bijouterie sensible au prix, investissement procyclique, achats officiels stratégiques, technologie peu élastique.
  • En 2025, l’investissement a tiré la demande, fonds indiciels en tête (environ 800 tonnes ajoutées), tandis que la bijouterie reculait en volume mais progressait en valeur.
  • Les banques centrales ont acheté 863 tonnes, en deçà des records antérieurs mais près du double de la moyenne 2010-2021 : un plancher de demande peu élastique.

Lire le mélange, pas seulement le total

La composition de la demande d’or rappelle qu’un même total peut recouvrir des réalités opposées. Une année de demande stable peut masquer l’effondrement d’un segment compensé par l’envolée d’un autre, comme l’a montré 2025, où l’investissement a effacé le recul de la bijouterie. Le cas de l’argent est examiné séparément dans la décomposition de la demande d’argent entre industrie, bijouterie et investissement.

Les équilibres restent ouverts. Un reflux des cours pourrait raviver la bijouterie tout en modérant les flux d’investissement ; une nouvelle vague de tensions pourrait au contraire amplifier la demande officielle et financière. Suivre la part respective de chaque composante, plus que le seul chiffre agrégé, reste la façon la plus fidèle de lire la demande d’or. C’est dans ce mélange, et non dans son total, que se loge le sens du marché.

Mis à jour le 12 juillet 2026

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