Quelles réserves stratégiques de pétrole la France détient-elle, et qui les gère ?
La France impose 29,5 % de la consommation de l'an passé en stocks stratégiques. Eurostat en compte 97 jours équivalents en juillet 2026, 87,9 en juin.
En France métropolitaine, les opérateurs qui mettent des carburants à la consommation doivent détenir des stocks stratégiques égaux à 29,5 % des volumes de l’année précédente (Code de la défense, art. D1336-47), confiés pour l’essentiel au CPSSP et à la SAGESS. La conformité européenne se compte autrement, en jours équivalents d’importations nettes : Eurostat en publie 97,0 en juillet 2026, après 87,9 en juin, pour un minimum de 90. Ces jours ne sont pas des jours de consommation, et seize mois publiés depuis décembre 2018 sont passés sous le seuil.
Dans cet article
La réponse courte
La règle tient en un pourcentage. Tout opérateur qui met des produits pétroliers à la consommation en métropole doit stocker 29,5 % des quantités de l’année civile précédente, selon l’article D1336-47 du Code de la défense. La loi fixe l’objectif, le quart des importations nettes de l’année précédente (Code de l’énergie, art. L642-4). Sur 365 jours, cela fait environ 108 jours de consommation (calcul Eco3min).
L’obligation pèse sur les opérateurs, pas sur un stock public. Devant l’Assemblée nationale, le 8 avril 2026, le PDG de la SAGESS a rappelé que le distributeur la délègue au Comité professionnel des stocks stratégiques pétroliers (CPSSP), lequel s’appuie sur la SAGESS, société de droit privé. Elle représentait selon lui 78 % des stocks stratégiques français en 2025, avec 16 millions de mètres cubes répartis sur environ quatre-vingts sites.
Eurostat compte 97,0 jours équivalents d’importations nettes en juillet 2026, après 87,9 en juin, pour un minimum européen de 90. Les 90 jours de réserve française ne sont pas des jours de consommation.
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Ce que montrent les données
Eurostat publie chaque mois les stocks de sécurité déclarés par les États membres, en jours équivalents (série nrg_stk_oem) et en tonnes (nrg_stk_oilm). Pour la France, de janvier 2013 à juillet 2026 :
- 97,0 jours en juillet 2026, après 87,9 en juin, premier mois sous 90 depuis octobre 2022.
- Un minimum de 86 jours en décembre 2019, un maximum de 112 atteint en juillet 2021.
- 16 mois sous 90 sur 163, tous depuis décembre 2018, en six épisodes.
- 16,4 millions de tonnes en juillet 2026, contre 19,3 en janvier 2013 (14,8 % de moins), pour un niveau passé de 92 à 97,0 jours.
- En juillet 2026, 12,8 millions de tonnes à l’entité centrale de stockage, 3,0 aux opérateurs, 0,6 dans d’autres États de l’Union.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) écrivait le 30 juin 2022 que les stocks français avaient constamment dépassé les 90 jours qu’elle exige. La série européenne, limitée aux stocks de sécurité de la directive, en compte quatorze mois sous ce seuil de décembre 2018 à juin 2021. Les méthodes diffèrent.

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Trois façons de compter les jours
Trois textes parlent de jours, et chacun compte autre chose.
Une part de la consommation. L’obligation se calcule en février sur l’année écoulée et s’applique au 1er juillet (art. D1336-49 et arrêté du 25 mars 2016). Les entrepositaires agréés en détiennent eux-mêmes 44 % ou 10 % et confient le reste au CPSSP, seul canal des autres opérateurs.
Des jours d’importations nettes. La directive 2009/119/CE retient le plus élevé de deux seuils, 90 jours d’importations nettes ou 61 jours de consommation intérieure, et réduit de 10 % les stocks comptés, qu’Eurostat convertit en jours équivalents par des coefficients. Pour la France, le seuil publié vaut 90 fois les importations nettes quotidiennes de référence (calcul Eco3min sur les données Eurostat).
Ce dénominateur change au moins une fois par an.
Un dénominateur mobile. De janvier à juin, la directive retient les importations de l’avant-dernière année, puis celles de l’année écoulée. En juillet 2021, la base passe ainsi aux importations de 2020, année de la crise sanitaire, en recul de 22,0 % : à stock constant, le niveau passerait de 88 à 112,8 jours, et Eurostat en publie 112. Le volume reste à 17,2 millions de tonnes. En juillet 2026, 7,6 des 9,1 jours regagnés tiennent de même au changement de base (calcul Eco3min), pour un stock en hausse de 1,4 %.
Synthèse par régime : de 2013 à 2017, avec une base de 194 à 210 milliers de tonnes par jour, le niveau oscille entre 90 et 98 jours. En 2021, la chute de la base, tirée des importations de 2020, gonfle les jours à volume constant. En 2026, année de la plus grande cession décidée par l’AIE, une base relevée en avril puis un stock en recul de 3,6 % en juin mènent à 87,9 jours, avant le rebond de juillet. La place du choc, sur la base ou sur le stock, sépare ces régimes.
Mesurés en importations nettes de l’année précédente, les stocks français ont gagné vingt-quatre jours en juillet 2021, à volume quasi inchangé.
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Effets pour les acteurs économiques
Opérateurs pétroliers. Le stock est un coût de mise sur le marché, porté par l’industrie, qui verse au CPSSP une redevance mensuelle proportionnelle aux volumes mis à la consommation, selon l’AIE.
Automobilistes et transporteurs. D’ordinaire, la SAGESS prête ses produits aux distributeurs, à restituer sous un mois, selon son PDG. Le communiqué du 7 octobre 2026 décrit autre chose : du diesel mis à leur disposition à son prix d’acquisition d’avant la crise, les stocks devant être reconstitués après celle-ci. Pour le prix payé, l’autre mécanisme est la transmission du Brent à la pompe.
Analystes du marché pétrolier. Une cession coordonnée par l’AIE s’ajoute à une offre mondiale dont l’OPEP et la composition de l’OPEP+ déterminent la part sous accord.
Une erreur courante consiste à voir dans la SAGESS un opérateur public. Son capital est privé, a précisé son PDG devant les députés.
Observation pratique
Ce que les données suggèrent pour comprendre sa situation :
- Question à se poser : si la base d’importations baissait encore, combien de jours afficherait le même stock au 1er juillet suivant ?
- Donnée à suivre : les importations nettes quotidiennes de référence, 170,2 milliers de tonnes par jour depuis juillet, contre 184,9 d’avril à juin. À stock égal, une base plus basse ajoute des jours.
- Parallèle historique : après la libération des stocks stratégiques le 21 septembre 2022, près de 900 000 mètres cubes avaient gagné les dépôts au 20 octobre, selon le gouvernement. Eurostat publie 88 jours ce mois-là, à base inchangée.
- Ce que documente la littérature : l’examen de l’AIE (France Oil Security Policy, juin 2022) décrit une SAGESS gérant 13,6 millions de tonnes en juin 2021, dont 41,6 % en cavités salines près de Manosque, et des stocks financés presque entièrement par emprunt (environ 4,5 milliards d’euros).
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Questions liées
Questions fréquentes
Combien de jours de consommation les stocks stratégiques français couvrent-ils ?
Ni Eurostat ni le ministère ne publient de série dans cette unité. Remplie au plus juste, la règle des 29,5 % vaut environ 108 jours de consommation (calcul Eco3min), et les 97,0 jours d’Eurostat comptent des importations nettes. Les formules officielles brouillent la lecture : « 90 jours de consommation » pour le ministère de la Transition écologique le 10 octobre 2022, « cent ou cent dix jours » pour le PDG de la SAGESS le 8 avril 2026, sans base précisée.
Quand la France a-t-elle puisé dans ses stocks stratégiques ?
Pendant la crise d’octobre 2010, le gouvernement a fait un « usage partiel des stocks stratégiques », selon une réponse ministérielle de mars 2011, sans volume. En 2022, des stocks ont été libérés dès le 21 septembre pour approvisionner certaines zones, pendant les mouvements sociaux du secteur pétrolier. Le 11 mars 2026, les 32 pays de l’AIE ont décidé de mettre 400 millions de barils sur le marché, dont 14,6 millions pour la France (tableau du 19 mars, 14,5 selon le PDG de la SAGESS en avril). Le 7 octobre 2026, Bercy a annoncé 10 millions de barils de diesel, mis sur le marché par la SAGESS sur trois mois.
Où sont stockées les réserves, et qui les paie ?
Les stocks de la SAGESS se répartissent entre dépôts, raffineries et cavités souterraines, ces dernières mobilisables mais plus lentement, selon son PDG. Les stocks placés dans d’autres États de l’Union sont plafonnés à 10 % du cumul des obligations (arrêté du 25 mars 2016). Les opérateurs paient. L’État, qui perçoit la rémunération du CPSSP comme une accise, en retient au plus 4 % (Code de l’énergie, art. L642-8).
Mis à jour le 9 octobre 2026
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